W^'- #■
■i«r»
'^\^
.^,:|a
^£f^
[^•<mi
1^
%'^'^.
|
■/? |
|
■^^^-
"^^^■'-Jm^iif .
""^^X^^é i
■00i,
o
/7.
JOHNA.SEAVERNS
PRINCIPES DE DRESSAGE
D'ÉQ^UITATION
TOUS DROITS DE TRADUCTION ET DE REPRODUCTION RESERVES
TUFTS UNIVERSITY LIBRARIES
I luiii mil mil mil iim mu mu "i" iihuhii ■"" i' '" "'" ■'■' '"'
D
(
lï'
Ë i
■'^c:
s^'. \\ '¥ v"* ■^
lia
JAMES FILLIS
PRINCIPES DE DRESSAGE
ET
D'ÈQUITATION
(2" Édition, revue et corrigée'
PARIS
C. MARPON ET E. FLAMMARION
ÉDITEURS
2G, rue Racine, près l'Odéon
189 [
A FRANÇOIS CARON
ANCIEN ECUYER EN CHEF DE LA MAISON DE L EMPEREUR DE RUSSIE
C'est à vous, chef }?iaître et ami, que Je dédie ce lipide. Il vous reviendy^ait de droit, s'il ne vous était offert par recoiuiaissatice.
Vous avei guidé mes pi^emiers pas dans Vart dif- ficile de Véquitation; vous m'ave{ suivi, encouragé, aidé dans toute ma carrière.
Autrefois, quand vous me félicitie-^ de înon appli- cation au travail, quand vous me disie\ que vous étie^ fier de votre élève, quelle ardeur je puisais dans vos pai'oles ! Aujourd'hui , j'ai la grande joie de vous exprimer publiquement toute ma gratitude en vous offrant ce modeste travail oii vous retrouverei, j'es- père, une bonne part de vous-même.
Accueillez-le avec bienveillance et croj'e^-moi Votive élève reconnaissant, votre ami
James Fillis. Paris, 3i mai 1 8 go.
PRÉFACE
Je n'apporte pas ici des doctrines scientifiques : mes prétentions ne sont pas si hautes. Je suis simplement un écuyer pratiquant le cheval de- puis près de cinquante ans, le connaissant, Tai- mant et capable d'en raisonner.
J'avais huit ans quand on m'a mis, pour la première fois, sur le dos d'un cheval. Mon humble personne n'était pas évaluée à un très haut prix, et, dès qu'un cheval résistait ou faisait une défense, on s'écriait à l'envi : Mette\ le ga- min dessus. Et on le mettait dessus, le gamin, et en avant ! des talons, de la cravache et de la chambrière. Le gamin se tenait s'il pouvait et comme il pouvait, ou roulait à terre pour être aussitôt remis à califourchon.
Tels furent mes premiers pas dans Fart équestre. C'est ainsi que j'ai commencé, dès l'en-
PREFACE.
fance, à cultiver le grand principe de l'impulsion qui, depuis, m'est devenu si cher.
A cette éducation un peu brutale sans doute, mais singulièrement profitable, j'ai gagné de bonne heure la confiance, la solidité et — qu'on me permette de le dire — l'intrépidité, c'est- à-dire l'audace d'attaquer vigoureusement, mais rationnellement, dans la défense.
Plus tard est venu le travail empirique avec toutes les expérimentations qu'il comporte : les recherches, les tâtonnements, les erreurs lente- ment corrigées, les fautes difficilement redressées, les efforts stériles ou heureux, les bons et les mau- vais conseils dans la confusion desquels il faut se reconnaître. Longue et dure période où beau- coup se découragent. Utile gymnastique pour- tant, qui assouplit les membres, donne le sang- froid dans les mille incidents imprévus de tous les jours, établit l'assiette et, sans donner encore le tact, amène le cavalier à sentir le cheval.
C'est alors que j'ai commencé à chercher à me rendre compte des choses et à vouloir rai- sonner ce que je faisais. De là une étude plus at- tentive, la recherche d'une précision plus grande, des inductions, souvent hasardées, dont la pra- tique démontrait plus ou moins vite la justesse ou la fausseté.
PREFACE
Le maître vint, apportant avec lui la mé- thode qui ordonne toutes les connaissances, les relie entre elles, et en dégage le principe direc- teur.
Dès lors, je travaillai dans la lumière. Tout devint clair, aisé, naturel. On me présentait un ensemble de vues rationnelles sur la combinaison des effets de Thomme et du cheval, qui me per- mettait de tout classer, de tout interpréter, de tout comprendre. Restait l'application. Une fois la méthode entrée dans la tête, il s'agissait de la faire passer dans les mains et dans les jambes, c'est-à-dire de faire l'éducation des réflexes. J'y consacrai obstinément tous mes efforts. Evitant soigneusement l'a peu près, je m'attachai par une attention plus soutenue, par une observation plus curieuse des détails, par une pratique plus dé- licate, à développer cette finesse de perception des mouvements et des indications du cheval, qui permet d'opposer instantanément, dans la juste mesure, effet à effet, et qu'on appelle le tact équestre.
Enfin je pouvais raisonner et travailler par moi-même ; j'étais maître de mon art. Je pouvais faire, et je fis, la critique de la méthode. Tout passer au crible, tout soumettre à l'épreuve du manège, élaguer, modifier, innover.
PREFACE.
Ainsi j'arrivai, tout en restant dans la voie tracée par les anciens maîtres, à me constituer une méthode propre qui n'était que le dévelop- pement, que le perfectionnement des principes posés et appliqués par les créateurs de l'équita- tion française. Sans ces maîtres illustres, tous mes efforts fussent demeurés vains. Si j'ai ajouté quelque parcelle de vérité au trésor de connais- sances qu'ils ont accumulé, c'est que, toujours libre de ma critique, je suis demeuré fidèle à leur enseignement. C'est donc à eux que j'en dois reporter l'honneur.
Le principe fondamental qui se dégage des études que je soumets au public, c'est qu'il faut chercher l'équilibre, la légèreté du cheval dans le mouvement en avant, dans l'impulsion, pour obtenir par l'effort moindre les effets les plus énergiques.
L'équilibre par la hauteur de l'encolure flé- chie à la nuque, non au garrot ; l'impulsion par les jarrets engagés sous le centre ; la légèreté par la flexion de la mâchoire : voilà toute mon équi- tation.
Quand on sait cela, on sait tout et on ne sait rien. On sait tout, parce qu'on retrouve ces prin- cipes en toutes choses. On ne sait rien, parce qu'il reste à les faire passer dans la pratique.
PREFACE.
La pratique, je ne puis l'enseigner par le livre. La méthode, je vais essayer de Fexposer.
Peut-être n'aurais-je jamais eu la hardiesse de le tenter, si un de mes élèves, frappé de la par- faite coordination des explications que je lui don- nais au hasard des incidents des leçons de dres- sage, ainsi que de l'unité de méthode qui en res- sortait à tout moment, ne m'eût vivement solli- cité de faire cette publication.
— Mais, lui disais-je, je ne suis qu'un prati- cien; une pareille tâche m'effraye; si j'allais, par des explications défectueuses ou peu claires, affai- blir l'autorité de principes qui sont pourtant la vérité même !
— Soyez sans crainte, me répondait-il, pas de théorie, pas d'études de locomotion. Assez d'autres ont disséqué le cheval et mis à nu ses organes moteurs. Au lieu de disserter sur ces choses, racontez-nous simplement ce que vous faites, du jour où vous achetez un poulain de pur sang jusqu'au moment où, le dressage fini, vous le livrez aux écuyers ou écuyères qui con- stituent votre clientèle. C'est de ce conseil qu'est sorti le présent livre. Là est tout le plan que je me suis proposé.
Qu'on me juge, mais seulement après m'avoir lu avec l'attention que mérite une œuvre où se
VI PREFACE
trouvent résumées cinquante années d'études sérieuses, et de labeur obstiné.
Je me confie à Tindulgence du public et à l'équité de la critique.
James Fillis.
PREMIERE PARTIE
LE CHEVAL ET L'HOMME
I
Le cheval.
Je ne dresse que des pur sang, mais je suis loin de prétendre que les trois quarts ou demi-sang ne peuvent pas faire de bons chevaux de selle. C'est sim- plement ma préférence que j'indique.
Je ne recherche pas la grande taille : celle de i'^,56 à i™,58 me plaît le mieux : disons, pour ne pas être exclusif, de i^",55 à i'",6o.
Pour le choix du cheval, il faut d'abord considérer l'ensemble et, pour cela, se placer à quelques mètres de l'animal. Si la première impression est bonne, j'examine les détails et suis assez disposé à passer sur quelques imperfections. Si, au contraire, cette pre- mière impression générale n'est pas favorable, je regarde de beaucoup plus près, et suis moins disposé aux concessions. La perfection n'existe pas. Il faut surtout' considérer, dans ce premier examen d'en- semble, la façon dont le cheval se sert de ses mem- bres au pas, au trot et au galop, à la main d'abord et ensuite monté.
4 PREMIERE PARTIE
Tel cheval qui, au repos, paraît mal conformé, de- vient harmonieux, léger et adroit aussitôt qu'il est mis en mouvement. Tel autre, qui semble presque parfait au repos, est lourd et maladroit dans ses allures. Je préfère le premier, parce qu'il se sert bien de ce qu'il a. La tête jolie, l'encolure longue et fine, le garrot bien saillant, le dos et les reins courts et larges, la croupe longue, les reins bien attachés près de la der- nière côte, les cuisses et les jambes longues jusqu'aux jarrets, les canons courts; de même pour l'avant- main : les avant-bras longs, les canons courts, les paturons plutôt un peu longs que trop courts : telles sont les qualités de formes que je recherche, mais qui sont bien rarement réunies toutes dans le même sujet.
Je repousse absolument le cheval, quand la join- ture qui lie le sabot au boulet est raide, car il manque d'élasticité, traîne ses pieds et fait forcément des fautes.
J'examine avec soin si les talons ne sont pas ser- rés. Pour éviter que ce défaut ne vienne à se pro- duire plus tard, je ne fais pas ferrer mes chevaux tant qu'ils travaillent sur un terrain doux. Ils marchent alors sur la fourchette, et il en résulte un écartement du talon.
Je fais toujours ferrer en demi-lune, allongée, et les pointes des fers enchâssées dans les talons. J'arrive ainsi à n'avoir ni encastelures ni maladies des pieds.
Je commence toujours l'éducation des chevaux alors qu'ils sont encore jeunes^, c'est-à-dire quand ils ont de deux à trois ans au maximum.
LE CHEVAL. 5
Je les achète autant que possible vers le mois de septembre. Comme les chevaux naissent au printemps, ils ont à cette époque deux ans et demi.
Le motif qui me fait préférer les chevaux jeunes est que ces derniers n'ont presque jamais été soumis à l'entraînement, ou du moins très peu, et qu'ils sont par conséquent bien conservés.
Il est d'ailleurs facile de se les procurer, car, à côté des pur sang qui ont quelques chances de réussir sur les hippodromes, il y en a un grand nombre que l'on considère comme des non-valeurs au point de vue des courses, et qui peuvent néanmoins devenir de merveilleux chevaux d'école et de service. Du reste, pour une foule de raisons, on trouve à acheter un grand choix de pur sang de cet âge.
Je n'achète jamais de juments. Ma raison est qu'elles deviennent trop souvent quinteuses ou même pisseuses à l'éperon.
Je fais toujours subir à mes chevaux l'opération de la castration, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, le pur sang entier a l'habitude de se jeter sur tous les che- vaux qu'il rencontre, ce qui n'a rien d'agréable pour celui qui le monte. D'autre part, il se cabre avec une très grande facilité. Or beaucoup de chevaux que je dresse sont destinés à des dames, et on ne doit jamais permettre à une dame de monter les chevaux qui usent de cette défense.
Les chevaux entiers arabes et les chevaux alle- mands dits tî^akèues n'ont généralement pas les mêmes
6 PREMIÈRE PARTIE.
défauts. Ils vivent côte à côte avec les juments, sans presque jamais y faire attention.
Enfin, en prenant des années, le pur sang en- tier engraisse surtout de l'avant-main. Tandis que l'avant-main s'épaissit, s'alourdit,, l'arrière-main pé- riclite, la croupe reste mince et les fesses pointues, ce qui est un défaut chez le cheval de selle. Celui-ci doit, au contraire, avoir l'arrière-train assez déve- loppé et l'avant-main fin^
En outre, tout le monde sait que le cheval hongre a le caractère bien plus doux que le cheval entier.
Pour la castration, j'envoie, après les chaleurs, mes chevaux à l'école d'Alfort, où ils restent quinze jours. Je les place ensuite à la campagne, au grand air, dans un établissement où ils reçoivent tous les soins qui leur sont indispensables, et je les y laisse pendant trois mois et demi.
Pendant ces quatre premiers mois, j'évite de leur mettre sur le dos 77iême le poids d'une selle. Ce temps écoulé, je commence leur éducation, le plus doucement possible.
Quand ils savent marcher au pas, au trot et au galop, tourner avec facilité, reculer et faire quelques pas de côté, quand, enfin, j'ai obtenu la mise en main, je commence à les sortir, et ce n'est plus que l'affaire de quelques jours pour les rendre très agréables à
I. Tout en prenant beaucoup d'embonpoint, les pur sang qui font, dans les haras, le service d'étalon, et rien que ce ser- vice, conservent mieux leurs proportions.
LE CHEVAL, 7
monter dehors. J'en fais donc d'abord des chevaux de promenade, ce que les Anglais appellent hacks.
Pendant les deux ou trois mois qui suivent, Je con- firme, en plein air, le travail appris au manège pour amener mes chevaux à être légers et liants dans les allures naturelles.
Ainsi, de septembre à la fin décembre, rien que des soins et du repos. De janvier à mars, dressage au manège; et d'avril à juin, confirmation, au dehors, du travail appris dans les mois précédents.
En juillet, j'envoie mes chevaux à la campagne : je les laisse complètement libres dans la prairie et leur donne de l'avoine. C'est pour eux le mois des va- cances.
En août, je reprends le travail en plein air, et en même temps, comme les bêtes ont eu du repos et ont pris des forces, je commence l'équitation savante. Mes chevaux étant résistants, déjà légers et bien équi- librés, le progrès est assez rapide, et généralement je termine leur éducation de chevaux d'école vers la fin de décembre, quelquefois deux mois plus tôt ou plus tard, selon les difficultés que j'ai rencontrées et aussi suivant le travail plus ou moins savant auquel je les destine. Je leur donne alors un nouveau repos de quinze jours, et ensuite, si cela est possible, je les fais chasser.
Ce n'est qu'après ces différentes épreuves que je con- sidère leur éducation comme complètement terminée.
J'ai alors, en effet, dans le même animal, un excel-
8 PREMIÈREPARTIE.
lent cheval de promenade pour I2 printemps et l'été, un cheval de chasse très résistant pour l'automne, et un cheval d'école agréable à monter l'hiver.
II Nourriture du cheval.
Je nourris copieusement mes chevaux et leur donne surtout beaucoup d'avoine : douze litres par jour. Cela les rend énergiques, et je ne trouve jamais qu'ils le sont trop.
Je donne peu d'avoine le matin, pour ne pas charger l'estomac de l'animal, et je le nourris fortement le soir, parce que c'est le moment où il est le plus tranquille. N'étant pas tourmenté, il mange lentement et mâche mieux ses aliments, qui, par conséquent, lui profitent davantage.
Je distribue mes douze litres d'avoine de la façon suivante : deux litres le matin, quatre à midi et six le soir. L'avoine du matin est donnée au moins deux heures avant tout travail, afin qu'à ce moment le che- val ait l'estomac vide. Dans le même but, je prends toujours la précaution de le faire attacher haut pour qu'il ne puisse manger sa litière.
Une demi-heure après le travail, je fais distribuer un quart de botte de foin par cheval, puis à midi on
INTELLIGENCE DU CHEVAL. 9
fait boire (trois quarts de seau d'eau environ) et on donne l'avoine. A quatre heures, chaque cheval reçoit une botte de paille comme litière, et à cinq heures un quart de botte de foin. Enfin, à sept heures, on fait boire de nouveau (même quantité qu'à midi), et on distribue la ration d'avoine du soir. Deux fois par semaine, je remplace cette dernière ration d'avoine par des mâches.
III Intelligence du cheval.
La difficulté dans tout le dressage est de faire com- prendre au cheval ce qu'on lui demande et ce qu'on attend de lui.
La difficulté est grande, parce que le cheval, con- trairement à ce que croient beaucoup de personnes, n'a qu'une intelligence très limitée.
La seule faculté qu'il possède et qu'il possède même à un haut degré, c'est la mémoire. C'est donc uni- quement à la mémoire qu'il faut s'adresser, c'est elle qu'il faut frapper.
Le cheval n'est susceptible d'aucun attachement. Il n'a que des habitudes. Mais, ces habitudes, il les con- tracte aisément, trop aisément même et souvent il y tient avec excès. C'est un point dont il faut tenir grand compte.
10 PREMIERE PARTI E.
A ce sujet, j'ai fait mille expériences.
Un de mes amis avait un cheval qui allait à lui quand il l'appelait, hennissait lorsqu'il entrait à l'écurie, etc. Il prétendait que ce cheval lui était par- ticulièrement attaché et qu'il dépérirait s'il le quittait.
Je le priai alors de me confier l'animal, après m'être fait détailler ses habitudes, et je l'emmenai chez moi, sans y rien changer. Dès le lendemain, je le faisais travailler à ses heures, le gratifiais de carottes suivant l'usage établi et, imitant la voix de son maître, j'allais moi-même lui porter sa nourriture au moment où il était accoutumé à la recevoir.
Le jour suivant, je repris ma voix ordinaire, et, malgré cela, quarante-huit heures ne s'étaient pas écoulées qu'il me faisait les mêmes caresses qu'à son maître, ne s'apercevant même pas qu'il en avait changé.
Après ma leçon du matin, je distribue moi-même à mes chevaux une grande ration de carottes. Dès que j'entre à l'écurie et que j'élève la voix, tous hennis- sent. Et si, par hasard, un étranger se trouve là, il ne manque jamais de dire : « Comme vos chevaux vous reconnaissent! comme ils vous aiment! » C'est une erreur. Un -autre distribuerait les carottes à ma place et à la même heure que mes chevaux ne s'aperce- vraient même pas que je ne suis pas venu. La preuve en est que, quelques instants après, si j'entre alors qu'ils ont fini de manger, ils ne font pas la moindre attention à moi.
INFLUENCE DU REGARD DE L'HOMME. ii
Je pourrais citer cent autres exemples de l'indif- férence des chevaux pour ceux qui les soignent ou les montent. D'ailleurs, il ne faut pas s'en plaindre, car, s'il en était autrement, ils ne voudraient jamais obéir qu'à un maître et n'en servir qu'un.
IV
Influence du regard de l'homme sur le cheval.
En dépit de nombreuses controverses, j'ai la pro- fonde conviction que le regard de l'homme n'a aucune influence sur le cheval.
Que le regard soit dur, colère, doux ou bienveil- lant, le cheval n'y prête aucune attention. J'ai fait à ce sujet des expériences multiples sur de jeunes et sur de vieux chevaux^ or je certifie que, si les yeux et les muscles de la face bougent seuls, l'écuyer ne faisant aucun mouvement, soit du corps, soit des bras, le che- val demeurera complètement indifférent.
J'ai cent fois essayé de la colère dans le regard, du sourire sur les lèvres : résultat nul. Faites les plus horribles grimaces à vos chevaux, tirez-leur la langue, et jamais aucun d'eux ne manifestera, par le plus petit signe, que cela ait sur lui une influence quelconque.
13 PREMIERE PARTIE.
Il en est tout autrement si vous faites le moindre mouvement du corps et surtout des bras.
V
Influence de la voix de l'homme sur le cheval.
La voix de l'homme a une grande influence sur le cheval, mais naturellement c'est l'intonation seule qui se grave dans sa mémoire. Dites-lui les plus douces paroles sur un ton bref et élevé, il aura peur; faites- lui, au contraire, les menaces les plus terribles d'une voix douce, il conservera une complète placidité.
C'est dans le dressage en liberté que la voix devient l'auxiliaire le plus précieux.
Ainsi, pour apprendre au cheval dressé en liberté à se porter en avant au pas, au trot ou au galop, on dit : Au pas, d'une voix relativement faible; au trot, en élevant la voix, et au galop, sur le ton du com- mandement. Vous pourriez dire: Au galop, d'une voix douce, le cheval resterait au pas; si, au contraire, vous disiez : Au pas, d'une voix forte, immédiatement il prendrait le galop.
La voix est aussi d'une grande utilité quand on dresse le cheval monté.
Quand il rue, par exemple, se cabre ou fait une
INFLUENCE DE LA VOIX DE L'HOMME. ij
défense quelconque, je le corrige, de la cravache ou des éperons, et en même temps je le gourmande. En peu de temps, mon cheval devient attentif à ma voix, et, quand il fait une faute ou essaye une défense, il me suffit souvent d'élever le ton pour qu'il se rappelle la correction et devienne plus sage. En procédant ainsi, je lui épargne des corrections nouvelles.
La voix ne doit pas seulement servir à châtier, elle doit servir aussi à encourager le chevalet à le rassurer. Dans ce cas, elle accompagnera utilement la caresse.
Son action est d'autant plus utile que vous pouvez en user en toutes circonstances, et la rendre à votre choix ou brusque ou caressante, tandis que vous n'avez pas toujours la libre disposition de vos mains et de vos jambes.
Supposez que, monté sur un cheval chaud, impa- tient, violent même, vous vous trouviez pris entre plusieurs voitures. L'animal s'effraye, s'affole, et, si vous ne pouvez vous dégager immédiatement, ce ne sont ni les rênes ni les jambes qui le rassureront. La voix, si vous l'y avez habitué, s'il y a confiance, le tranquillisera.
L'action de la voix m'a souvent été d'un grand secours et m'a tiré de plus d'un embarras.
J'aime les chevaux chauds et je n'en emploie guère d'autres. Je les rends assez sages pour les faire mon- ter par des dames, jamais toutefois avant de m'être assuré qu'ils se calment à ma voix. C'est ainsi que j'ai toujours été assez heureux pour éviter les accidents.
14 PREMIERE PARTIE.
VI Les caresses.
Les caresses, comme on le verra au cours de cet ouvrage, sont un moyen d'action qu'il ne faut pas négliger. Alternant avec les corrections, elles sont la base de l'éducation du cheval. Elles le rassurent, elles le calment en le mettant en contact direct avec son cavalier autrement que par l'impulsion.
Tous les chevaux, même les plus susceptibles, acceptent la caresse sur l'encolure. C'est donc l'enco- lure que le cavalier doit caresser. Il doit le faire fran- chement assez fort pour attirer l'attention du cheval et faire une diversion, mais sans brutalité. Il doit éga- lement éviter la trop grande légèreté de main, qui n'aboutirait qu'à chatouiller l'animal.
Dans le dressage, la caresse doit venir à propos. Elle doit suivre immédiatement la concession, comme la correction, la faute. Aussitôt la concession obtenue, caressez l'animal et laissez-le libre, sans rien lui de- mander pendant un instant, C'est là sa véritable récompense. Cette pratique facilite beaucoup le dres- sage.
Pour produire son effet complet, la caresse doit être accompagnée de la voix. Ces deux actions com-
LES CORRECTIONS. 15
binées produisent le maximum d'apaisement qu'il soit donné d'obtenir. Dans la plupart des cas, l'effet en est décisif.
VII Les corrections.
Comme je l'ai dit tout à l'heure, l'éducation du cheval repose tout entière sur deux modes d'action du cavalier : la caresse et la correction.
Il faut de toute nécessité qu'elles arrivent l'une et l'autre à propos. Mais c'est surtout pour la correction que cela est nécessaire.
Avant tout, je recommande au cavalier qui a un cheval difficile de ne jamais se laisser aller à un mou- vement de colère. Lorsqu'une correction est méritée, il faut l'administrer avec une vigueur, qui peut res- sembler à de la colère, mais qui ne doit être que voulue et mesurée exactement. En somme, il faut agir avec les chevaux comme avec les enfants. Tout le monde sait que rien n'est plus mauvais que de corriger un enfant lorsqu'on est en colère. Le cheval ne comprend en aucun cas quel sentiment vous anime; il se souvient seulement de la souffrance qu'il a éprouvée, et de la circonstance dans laquelle elle s'est manifestée. Son intelligence peut établir la coïncidence
i6 PREMIERE PARTIE.
d'un mouvement qu'il a fait avec un coup qu'il a reçu, mais ne va pas au delà.
C'est pour cette raison que la correction perd tout son fruit et devient même un élément de confusion dans la mémoire du cheval, si elle n'est administrée AU MOMENT PRECIS OU la fautc se commet. La correction doit suivre d'aussi près la faute, que la caresse, la con- cession. Pour les chevaux qui ruent, par exemple, si la correction arrive juste au moment où la croupe est en l'air, le cheval se souvient que le mouvement lui a valu une souflrance. Si, au contraire, la correction n'arrive que lorsque les pieds sont retombés à terre, le cheval n'est plus frappé de la corrélation entre les deux actes : il cherche même par une nouvelle ruade à se dégager de ce qui lui a fait du mal.
J'ai dit que toute faute voulue, préméditée par le cheval, doit être corrigée; mais je n'hésite pas à ajouter qu'il vaudrait mieux la laisser impunie que de corriger tardivement. Les deux procédés sont mauvais, mais entre deux maux il faut choisir le moindre.
Il importe aussi de distinguer attentivement quel motif a déterminé le cheval à faire une faute ou une défense, afin de se rendre compte s'il y a vice ou s'il y a souffrance. Ainsi, notamment, si le cheval rue parce qu'il souflre dans les reins ou dans les jarrets, la cor- rection n'est pas justifiée : il faut dans ce cas soulager le cheval dans la limite du possible. Si la ruade, au contraire, est une véritable défense ou un vice, ce qui est assez fréquent, il faut la corriger sévèrement au
EMBOUCHURE DES CHEVAUX. 17
moment précis où elle s'effectue, et la prévenir en relevant vigoureusement l'encolure et la tête, pour changer l'équilibre en surchargeant l'arrière-main.
VIII Embouchure des chevaux.
Sur le filet, Je n'ai rien de particulier à dire, sauf qu'il doit être un peu gros (pour être plus doux) et placé en arrière du mors, à égale distance du mors et de la commissure des lèvres.
Le choix du mors, au contraire, a une grande im- portance. La façon dont on le place dans la bouche du cheval n'en a pas moins : c'est ce qu'on appelle ïem- boiichure.
Il est impossible de décider, à première vue, avec quel mors et de quelle manière il convient d'embou- cher un cheval neuf.
Baucher affirme qu'il appliquait le même mors indistinctement à tous les chevaux, ce qui est la con- séquence forcée de la théorie qui lui est personnelle, à savoir que tous les chevaux ont la même bouche. Je discuterai cette théorie dans une autre partie de cet ouvrage.
Je me contenterai de dire ici qu'il n'est pas un homme de cheval, si inexpérimenté soit-il, qui n'ait
i8 PREMIERE PARTIE.
constaté qu'un cheval se livre mieux avec un mors qu'avec un autre ; que tel cheval qui se comporte bien avec un simple bridon résiste et se défend avec un mors un peu sévère. Ce fait est prouvé^ il est connu de tous. L'expérience seule et le tâtonnement feront trouver le mors qui conviendra le mieux à un cheval. Mais il existe toujours quelques données générales pour procéder à cette expérience. On peut les résumer comme suit :
Il faut toujours, au début du dressage, que le mors ait les canons gros, une liberté de langue modérée et des branches courtes; c'est ce qu'on appelle un mors doux. Sa largeur doit être proportionnée à celle de la bouche du cheval ; s'il est trop étroit, les lèvres sont comprimées de chaque côté par les branches ; s'il est trop large, le cheval, pour jouer ou pour se soulager, le déplace en le portant d'un côté ou de l'au- tre, en sorte qu'un seul des canons repose sur une barre, l'autre déborde et est remplacé sur la barre par le commencement de la liberté de langue. Il ré- sulte de cette position du mors une inégalité notable dans l'effet produit par la main, et presque toujours le cheval porte la tête de travers.
Pour que le mors s'adapte bien, il faut que les canons débordent de chaque côté de la bouche de quelques millimètres, de telle sorte que les branches ne touchent pas les lèvres. Les canons doivent reposer sur les barres, d'une manière égale de chaque côté, à égale distance des crochets et de la commissure des lèvres, c'est-à-dire un peu plus bas que le filet. Je dirai
EMBOUCHURE DES CHEVAUX. 19
plus loin quelles exceptions peut comporter ce prin- cipe. L'extrémité inférieure des branches, cédant à l'action des rênes qui la tirent en arrière, fait basculer l'extrémité supérieure en avant et produit la pression des canons sur les barres. Le mors, en basculant, tend la gourmette, ce qui augmente encore la pression des canons sur les barres. Plus la gourmette est serrée, plus cette pression est prompte et forte. Par consé- quent, la tension de la gourmette doit être propor- tionnée au degré de sensibilité des barres sur les- quelles on veut agir.
Ce degré de sensibilité, on ne le connaît pas quand on se trouve en présence d'un cheval complètement neuf. Dans ce cas, je recommande d'agir toujours au début, comme si la sensibilité était grande et par con- séquent de tenir la gourmette très lâche. Il sera tou- jours temps de la resserrer.
Par contre, il ne serait pas exact de dire que, si on commence avec une gourmette serrée, il sera tou- jours temps de la relâcher, car l'effet produit sur des barres très sensibles par une gourmette serrée pro- voque un endolorissement qui subsiste après que la gourmette a été relâchée. Tandis qu'en commençant avec une gourmette très lâche et en la resserrant pro- gressivement jusqu'au point voulu, on évite d'endo- lorir les barres, d'agacer le cheval et de provoquer des défenses. De plus, on gagne du temps. En effet, si, au début du travail, on a endolori ou même simplement échauffé les barres par une pression non proportionnée
20 PREMIERE PARTIE.
à la sensibilité, on n'a obtenu aucune des indications dont on a besoin sur le degré de sensibilité de la bouche du cheval. Bien au contraire, l'ayant exagérée, on l'apprécie faussement et l'on se trouve, dès le début, engagé dans une mauvaise voie. La meurtrissure ou même le simple échauffement des barres ne dispa- raissent pas aussitôt que le travail est fini, et le mors enlevé ; ils persistent le lendemain ou même plus long- temps. Le cheval reviendra donc à la leçon suivante avec des barres congestionnées, douloureuses, par con- séquent faussées. L'écuyer alors tiendra compte des effets qu'il produira sans savoir que la bouche est ma- lade; il augmentera le mal; il sera de plus en plus éloigné de l'appréciation de la bouche, de son état sain et normal. En un mot, il fera, sans s'en douter, exactement le contraire de ce qui est nécessaire.
Voilà pourquoi il faut, au début du dressage, une gourmette très lâche. A dire vrai, il vaut même mieux n'en avoir pas du tout.
La connaissance de la bouche du cheval neuf est aussi importante que délicate. Pour la tâter sans la détériorer, il faut procéder graduellement; commencer avec une très grande légèreté et n'augmenter la pres- sion que doucement et jusqu'au point où elle devient perceptible pour le cheval : ce point varie avec chaque animal. Si le cheval cède sous la légère pression d'un mors non pourvu de gourmette, à quoi servirait cette gourmette ?
A quoi bon rechercher un moyen plus puissant ?
EMBOUCHURE DES CHEVAUX. 21
II sera toujours temps d'y recourir par la suite.
J'ai dressé complètement des chevaux, sans leur avoir jamais mis de gourmette, non seulement dans le manège, mais au dehors. La gourmette, d'ailleurs, doit rester accrochée à une des branches du mors pour qu'on puisse l'employer immédiatement en cas de besoin. Mais je dis, comme une règle générale, qu'il ne faut y avoir recours que lorsque le besoin s'en fait sentir.
J''ajoute que, lorsqu'on arrive à se servir de la gourmette, il faut agir avec les plus grands ménage- ments, c'est-à-dire ne lui donner que la tension stric- tement nécessaire. On doit acquérir le maximum des effets que l'on désire obtenir du mors en ne ser- rant la gourmette que juste assez pour permettre à celui-ci de faire, avec la mâchoire inférieure, un angle de 45 degrés.
De même que la tension de la gourmette doit être proportionnée au degré de sensibilité des barres, de même l'intensité de la pesée exercée sur la mâchoire par l'action des rênes doit être proportionnée à la résis- tance qu^'elle rencontre. Si cette résistance est minime, l'effort pour l'annuler doit être léger : il le sera d'au- tant plus que l'action du mors se fera sentir plus haut sur la mâchoire. Si, au contraire, la résistance est grande, Tefîort pour la vaincre doit être plus énergique, et cette énergie sera d'autant plus forte que la pression se fera sentir sur une partie plus basse de la mâchoire. Voilà pourquoi, sans s'écarter beaucoup
22 PREMIERE PARTIE.
de la place moyenne que nous avons indiquée pour le mors, c'est-à-dire à égale distance des crochets et de la commissure des lèvres, on peut et on doit le remon- ter ou le baisser légèrement, suivant que la mâchoire du cheval cède et se décont7^acte sous un effort léger ou énergique. En d'autres termes, plus la bouche du cheval est douce, plus je place le mors haut; plus, au contraire, elle est résistante, plus je le mets bas. En aucun cas, cependant, les canons ne doivent toucher ni même effleurer, soit la commissure des lèvres, soit les crochets.
De ces explications il ressort l'indication essen- tielle que l'embouchure la meilleure pour un cheval neuf, c'est-à-dire le degré de tension de la gourmette et la position haute, moyenne ou basse du mors, ne peut être trouvée que par l'expérience ; et que pour faire cette expérience, il faut procéder par les effets des plus légers, dont on augmentera graduellement la sévérité à mesure que la nécessité s'en fera sentir.
IX La martingale.
La martingale empêche le cheval de porter au vent, arrête les coups de tête et sert au cavalier à mieux diriger sa monture. Un bon dressage rend la
LAMARTINGALE. 2j
martingale inutile. Aussi, je n'en conseille l'usage que lorsqu'on n'aura pas tout le temps ou le savoir voulu pour dresser le cheval. Ainsi, on pourra l'em- ployer quand, à première vue, on aura reconnu que l'animal que l'on doit monter, soit à la promenade, soit à la chasse, bat à la main ou porte trop au vent.
Il y a trois sortes de martingales : celle dite à têtière, celle de chasse et enfin la martingale fixe.
La seule que je recommande est la martingale à têtière : d'abord parce que, son effet portant sur le chanfrein, elle n'a aucune action sur la bouche ; ensuite parce que, ne correspondant pas à la main du cava- lier, elle est, par conséquent, sans danger. Elle doit être assez lâche pour que le cheval puisse porter la tête haute, sans cependant permettre assez de liberté pour que le nez atteigne la ligne horizontale; car, dans ce cas, le mors basculerait de bas en haut et n'aurait plus aucune action sur la bouche. Si la martingale est trop courte, le cheval est gêné dans ses mouve- ments et ses allures : elle peut alors devenir dange- reuse, surtout si le cheval ne se porte pas franche- ment en avant, car dans cette position, pour échapper à l'action de la martingale, il s'encapuchonne.
La iJiartingale de chasse présente deux anneaux dans lesquels passent les rênes du filet *. Elle corres- pond donc à la fois avec la main du cavalier et avec
I. On y passe même parfois les rênes du mors. Rien n'est plus dangereux.
24 PREMIÈRE PARTIE.
la bouche du cheval. Cette martingale peut rendre de grands services aux cavaliers expérimentés ; mais, en raison de sa puissance, elle est singuhèrement dange- reuse pour les autres.
La mar^tingale fixe se boucle aux anneaux du filet, ne cède pas et est toujours dangereuse, surtout si le cheval recule, car, dans ce cas, elle continue à tirer. S'il pointe ou se cabre, comme il a nécessaire- ment tendance à le faire pour forcer la main, la mar- tingale aide à le renverser.
X La selle.
Je ne conseille pas l'emploi d'une selle neuve; rare- ment elle satisfait.
Le cuir neuf est dur et raide ; on est, par suite, mal assis. Mieux vaut essayer plusieurs selles d'occasion \ on finit toujours par en trouver une qui plaît.
La selle doit être droite : si elle était trop haute de devant, le cavalier serait rejeté en arrière ; il serait, au contraire, porté en avant si elle était trop haute de derrière.
Je suis aussi d'avis que la selle doit être très peu rembourrée, de façon que le cavalier soit plus près de son cheval.
LA SELLE. 25
Les quartiers seront plus ou moins longs, suivant la longueur des cuisses du cavalier. S'ils étaient trop courts, le cavalier pourrait se blesser aux mollets; trop longs, il ne pourrait sentir les flancs avec le gras des jambes.
Le cavalier pourra, à son choix, faire usage des quartiers plats ou des quartiers rembourrés : c^est affaire d'habitude et de solidité.
Je crois avoir employé, le premier, la selle plate pour dresser et faire de la haute école.
Je commence toujours à faire monter mes élèves en selle française, de préférence à la selle anglaise cou- verte.
Avec la selle française, on est, pour ainsi dire, comme emboîté; il n'y a, par conséquent, ni gêne ni crainte à avoir.
Ce n'est que quand le débutant sera solide en selle française qu'on pourra le mettre sur une selle anglaise recouverte de peau de daim; et c'est seu- lement quand il trottera, galopera et tournera en tous sens sans glisser, qu'on devra le mettre sur une selle anglaise non couverte.
PREMIERE PARTIE.
XI Les étriers.
Je ne permets jamais à l'élève de se servir des étriers avant qu^'il ait une excellente position à toutes les allures.
Voyez les anciens maîtres, — et je ne parle pas seu- lement de ceux de l'école française, — jamais ils n'au- torisaient l'usage de l'étrier que lorsque l'élève était bien en selle, solide et très souple. Aussi faut-il con- venir que les cavaliers avaient, à cette époque, une tout autre tenue que de nos jours. Actuellement, la raideur a remplacé la souplesse, l'aisance et la grâce d'autrefois. Et cela, parce que l'élève a pris de mau- vaises habitudes au début, soit qu'il ait imparfaitement compris, soit qu'il ait été mal enseigné.
Un usage non seulement prématuré, mais excessif des étriers, a d'ailleurs d'autres inconvénients.
Je prétends même que la plupart des chutes dan- gereuses proviennent de l'abus que l'on en fait.
Prenons un exemple : M. X... est emballé par son cheval dans la forêt de Saint-Germain; il s'assied bien dans sa selle, finit par arrêter son cheval et revient au trot sur ses étriers, A ce moment, malheureusement, une étrivière casse, M. X... tombe sur la tête et se
LES ETRIERS. 27
tue. Eh bien, je le demande à tout homme de cheval, comment peut-il se faire qu'on tombe sur la tête parce qu'une étrivière se casse? Cela ne peut évidemment arriver que si vous êtes debout sur les étriers et si, par conséquent, vous n'êtes plus en communication avec la selle. Autrement, sans doute, vous pouvez glisser, rouler à terre même; mais dans ce cas votre chute est amortie par ce fait que vous avez serré les genoux. Je vais plus loin, et je dis que, si le cavalier ne comptait pas tant sur ses étriers, il ne tomberait presque jamais quand une étrivière vient à casser.
Un autre exemple : M. Z..., à Toulouse, sort des écuries : son cheval, étant au pas, s'abat, et voilà le malheureux projeté en avant ; la tête porte la pre- mière, et il est tué sur le coup.
En vérité, il faut n'avoir aucune connaissance de l'équitation pour ne pas comprendre que, s'il avait été assis dans sa selle, il n'aurait pas été projeté avec une pareille violence.
Je m'empresse d'ajouter que ce n^est pas par esprit de critique que je rappelle ces deux accidents qui sont encore présents à toutes les mémoires, mais seulement pour faire comprendre les fâcheux effets de l'abus des étriers et dans l'espoir que mes modestes conseils rendront plus rares, dans l'avenir, les accidents de ce genre.
Placé debout sur les étriers, on est, pour ainsi dire, sur un tremplin. Il suffît donc que certains mouve- ments violents se produisent pour que l'on soit pro-
28 PREMIERE PARTIE.
jeté ea avant comme par une catapulte; et, dans ce cas, c'est toujours la tête qui porte la première.
Alors même que le cheval bondit, si vous êtes bien assis, tout le poids de votre corps reposant sur les fesses, il est rare que vous soyez désarçonné. Dans tous les cas, le pis qui puisse vous arriver, c'est de rouler le long de l'encolure et, dans ce cas, la chute ne présente aucune gravité.
Si, au contraire, vous êtes debout sur les étriers, rien ne sera plus facile au cheval que de vous envoyer par-dessus ses oreilles.
Dans cette position, le corps se porte forcément en avant, ce qui est une première faute; mais, de plus, le cheval, n^ayant aucun poids sur les reins, peut bon- dir à son aise et avec force.
Debout sur les étriers, vous êtes à peu près dans la position d'un gymnasiarque placé dans les mains d'un camarade qui est chargé de lui donner l'élan néces- saire pour accomplir un saut périlleux. Pour qu'il soit projeté très loin, il faut qu'il tienne le corps et les jambes tendus; s'il plie les genoux, inévitablement il retombera sur place. Les étriers jouant le rôle des mains de celui des deux gymnasiarques qui doit donner l'élan à l'autre, si vous pliez les genoux, vous retomberez assis sur votre selle.
Il est à remarquer d'ailleurs que, lorsqu'on permet à l'élève l'usage des étriers avant que sa jambe soit bien descendue et fixe, il ne peut les conserver. Il fait alors toutes sortes de contorsions pour tâcher de
LES ÉPERONS. 29
les retenir; et, dans ce cas, ce ne sont pas seule- ment les jambes, mais c'est aussi le corps et la figure qui se contractent. Le cou et les épaules pren nent particulièrement une raideur tout à fait caractéristique. Bien rarement, l'élève parvient à se défaire de ces défauts, malgré tout le soin qu'on peut apporter plus tard à les combattre; car, lorsqu'un mauvais pli est pris, il est bien difficile, sinon impossible, de le faire disparaître.
XII La cravache.
Je ne me sers de la cravache que dans le travail à pied pour apprendre au cheval à se porter en avant et à céder à l'éperon. Une fois à cheval, je l'abando nne . Aux vrais écuj^ers les jambes et les mains, aux im- puissants la cravache.
XIII Les éperons.
Je n'admets qu'un genre d'éperon, l'éperon à boîte, car c'est le seul qui reste fixe à sa place : on est donc
j: PREMIERE PARTIE.
sûr de la façon dont on l'emploie. Tous les autres montent ou descendent et se dérangent de la place qu'ils doivent occuper, en sorte qu'avec eux on n'est Jamais certain de toucher exactement le cheval à l'en- droit voulu.
On doit se servir de garde-crotte tant qu'ils sujS- sent: puis on les remplace par des éperons à molettes très douces, et on n'augmente leur acuité que si le besoin s'en fait sentir: par exemple, quand le cheval ne répond pas à l'attaque, ou, comme on dit, reste inerte dans les jambes.
Il est assez difficile de déterminer à l'avance la lon- gueur que doit avoir l'éperon. Si le cavalier a les jambes courtes, la tige de l'éperon devra elle-même être courte, puisque, dans ce cas, le talon se trouve toujours placé près des flancs. Si, au contraire, le ca- valier a les jambes longues et a, par suite, besoin de remonter le talon pour toucher le flanc de son cheval, il devra porter des tiges longues, de façon à n'être obligé de raccourcir la jambe que le m.oins possible.
XIV Position du cavalier.
Règle générale : tout homme peut être bien placé et solide à cheval. Si, au contraire, on me demande :
POSITION DU CAVALIER. ji
Tout homme peut-il devenir un beau et élégant cava- lier : sans hésiter, je réponds : Non!
L'élève qui a commencé à monter sous la direction d'un bon professeur, qui a travaillé consciencieuse- ment, qui s'est soumis à trotter sans étriers pendant quelques mois, à qui on aura fait monter des chevaux vigoureux et parfois difficiles, sans qu'ils soient pour cela dangereux, celui-là arrivera forcément à être bien placé et solide à cheval.
Il aura la tête libre et aisée, de manière à pouvoir constamment la mouvoir sans gêne et en tous sens: il la portera haute dans les allures ordinaires et le saut: un peu baissée, le menton se rapprochant légèrement de la partie supérieure du sternum dans les allures vives.
Son regard sera mobile et jamais fixé sur un point quelconque, de façon qu'il embrasse tous les objets qui l'entourent. Le cavalier pourra, par suite, se rendre compte de tous les embarras et obstacles qui peuvent se présenter.
Il aura le cou dégagé, les épaules bien tombantes, et évitera de les contracter, comme on le fait trop souvent.
Ses bras tomberont naturellement jusqu'aux coudes, qui seront appuyés au corps. Il apportera la plus grande attention à tenir toujours les coudes près du corps et à ne les en écarter sous aucun prétexte. Ce n'est qu'à cette condition que la main pourra être légère. Or la légèreté de main est absolument indis-
32 PREMIÈREPARTIE.
pensable pour conduire son cheval sûrement et sans saccades. Le coude étant solidement appuyé au corps, il ne reste plus qu'à empêcher l'avant-bras de ballot- ter, ce qui est très facile.
Le cavalier bien placé aura les coudes à hauteur de la ceinture, les poignets se faisant face, les doigts en dedans. Jamais il n'arrondira les poignets, sous peine de déterminer un écartement des coudes, et de perdre la communication en ligne directe avec la bouche de son cheval.
L'action sur la bouche du cheval ne doit être produite que par le serrement ou le relâchement des doigts qui tiennent les rênes.
Il aura le corps droit, sans jamais mettre de rai- deur. En aucun cas, il ne creusera les reins, ce qui provoquerait cette raideur que Ton doit toujours éviter. Les reins seront plutôt légèrement infléchis en avant de façon à conserver toute leur élasticité. Je dis les reins, mais non les épaules, bien entendu. La poi- trine sera également droite sans effort et jamais bombée; les 'muscles du bassin relâchés, seul moyen d'avoir de l'aisance.
Tout le haut du corps portera sur les fesses, son unique point d'appui. Les jambes seront bien tom- bantes, très descendues, les cuisses sur leur plat, les genoux adhérents et la pointe du pied tournée plutôt un peu en dehors qu'en dedans, ce qui permettra de se servir de ce que l'on appelle le gras de la jam.be avant d'arriver à faire sentir l'éperon.
POSITION DU CAVALIER 53
Quand la pointe du pied est trop tournée en de- dans, les mollets s'écartent forcément et, par suite, on ne peut plus se servir de l'éperon que par à-coups.
Les genoux, formant une sorte de pivot fixe, lais- seront une très grande mobilité au bas des jambes, qui doit tomber naturellement et ne pas constamment serrer les flancs. Pour que le cavalier soit à son aise, il faut qu'il arrive à rester bien assis sans le secours des mains ni des jambes, ces dernières ne devant faire prise que par moments et en cas de besoin. C'est en disant aux élèves de toujours serrer les jambes qu'on leur donne l'air d'être cramponnés au cheval. On se tient, du reste, en selle par l'équilibre et non par la force. On paraîtrait non moins cramponné si les cuisses n'étaient pas assez descendues, et par conséquent les genoux trop hauts. Toutefois, les cuisses trop des- cendues présentent un autre inconvénient : dans ce cas, le cavalier ne repose plus sur les fesses, mais sur le devant des cuisses. Il est vrai que dans cette position on est plus solide, puisque les jambes em- brassent le cheval de toute leur longueur; aussi con- vient-il de la prendre dans le galop de charge, mais seulement au moment d'aborder l'ennemi pour éviter d'être déplacé par le choc. Il faut dire encore que, dans cette position, on éprouve des difficultés pour se lier au cheval quand il passe du galop au trot.
En somme, pour être bien placé à cheval, le ca- valier devra être assis sur sa selle comme sur une
chaise.
3
34. PREMIERE PARTIE.
Quand on se sert des étriers, la pointe du pied doit être plus haute que le talon. Sans étriers, le pied doit tomber naturellement, et par conséquent la pointe se trouve être plus basse que le talon. On remarquera qu'il est impossible, sans étriers, de tenir la pointe du pied élevée, à moins de contracter les muscles de la jambe et par suite la cuisse elle-même. Or qui dit contraction dit raideur ^ .
La longueur des étriers doit être proportionnée aux jambes. La mesure traditionnelle du bras ne donne qu'une approximation dont je ne conteste pas l'utilité. Mais, une fois en selle, on ne manque jamais de rectifier. Pour cela il faut déchausser l'étrier et laisser tomber la jambe. L'étrivière sera de bonne longueur quand la grille de l'étrier arrivera au-dessous de la cheville. On recommande généralement de garder le pied en contact avec la branche interne de l'étrier. Quant à moi, je place le pied à égale distance des deux branches.
En tournant souvent les chevilles en tous sens, on arrive à leur donner une très grande souplesse, et l'on parvient ainsi à pouvoir lâcher et reprendre très facilement les étriers.
Pour être et paraître bien en selle, il faut d'ailleurs
I . En Allemagne, on enseigne à monter sans étriers, la pointe du pied plus haut que le talon. C'est la contraction causée par cette position qui donne aux cavaliers allemands la raideur qui les caractérise. Je sais bien que les Allemands sont raides naturellement. Mais faites monter un Français dans ces con- ditions, il ne pourra faire autrement que d'être raide.
POSITION DU CAVALIER. J5
un certain nombre de qualités physiques. Ainsi il est évident qu'un homme gros et court est moins apte à bien monter à cheval qu'un homme assez grand et mince.
Je dis assez grand avec intention, car c'est une erreur répandue de croire qu'il faut être grand pour bien monter à cheval. Plus le cavalier est grand, plus il rencontre de difficultés. D'abord, plus le buste est long, plus il est aisément déplacé, en raison de l'élé- vation du centre de gravité, et plus il est difficile à remettre en équilibre. Mais c'est là le moindre incon- vénient. Les jambes longues ne s'adaptent pas aux flancs aussi bien que les jambes de moyenne gran- deur, parce qu'elles les dépassent; en sorte que, pour se servir de l'éperon, le cavalier est obligé de plier les genoux pour raccourcir les jambes, ce qui est laid et nuit à la solidité.
Je reconnais néanmoins que tout homme peut, avec de l'application, arriver à être très solide en sellée
I. Je parlais tout à l'heure de la raideur allemande. On peut généralement adresser le même reproche aux Anglais. Les peu- ples d'origine germanique ont la réputation d'être les meilleurs cavaliers, et de fait il faut confesser qu'ils le sont. Mais ce talent, ils le doivent uniquement à leur persévérance, à leur obstination dans le travail. Les Latins, de taille moyenne, sont plus aptes par leur souplesse, par leur agilité, à s'harmoniser avec le cheval, et s'ils étaient capables d'assiduité, ils seraient sans conteste les premiers cavaliers du monde. Mais ils se contentent trop faci- lement de l'a peu près. Il va sans dire que cette remarque est d'ordre général et qu'il y a d'excellents et de mauvais cavaliers dans tous les pays.
i6 PREMIERE PARTIE.
L'aisance, la solidité et la confiance du cavalier dé- pendent généralement des premières leçons qu'il a reçues; et, comme je l'ai déjà dit, une bonne assiette ne s'acquiert qu'à la condition d'avoir trotté longtemps sans étriers.
Il faut ne laisser monter aux commençants que des chevaux très doux d'allures et de caractère. On ne saurait prendre trop de précautions pour donner de la confiance au cavalier novice. La confiance qu'il prend durant les premières leçons peut seule lui donner le laisser-aller qui permettra, plus tard, toute décontraction.
Aussi longtemps que le cavalier mettra de la rai- deur dans ses mouvements, on pourra dire qu'il va à cheval, mais non qu'il monte.
Etre cramponné sur sa selle n'est pas monter à cheval. Or cette position défectueuse ne disparaît gé- néralement qu'au fur et à mesure que l'élève prend confiance. On entend assez que je veux parler de la confiance qu'il puise dans sa solidité, car il est certain que l'on peut être très brave et manquer de confiance une fois en selle.
On choisira, pour les premières leçons, des chevaux minces, plutôt étroits que larges, surtout si on a af- faire à des jeunes gens ou à des hommes qui ont les jambes courtes. Un trop grand écart des jambes pour- rait avoir des inconvénients graves : il fatigue les aines sans profit pour l'élève, et j'ai vu des déviations des hanches ne provenant que de cet abus. Il n'en
POSITION DU CAVALIER. 37
sera pas de même quand, plus tard, le cavalier sera rompu à cette gymnastique. Peu à peu, il arrivera à monter tous les chevaux sans souffrance physique, quelle que soit leur construction.
Je ne suis pas d'avis de laisser les débutants se ser- vir des quatre rênes; un simple bridon, dont on fait tenir une rêne dans chaque main, me semble préférable. Si on permet immédiatement l'usage de la bride, il y a de grandes chances pour que le corps suive le mou- vement des mains; car, au début, ce ne sont pas seu- lement les mains, mais aussi les bras que l'élève por- tera presque infailliblement, soit à droite, soit à gauche. Avec le bridon, chaque effet étant séparé, cet inconvénient est évité.
Il faut se souvenir qu'il est plus facile de donner une bonne position à l'élève qui commence que de rectifier plus tard une position défectueuse.
En résumé, la première quahté du cavalier est la solidité, et la solidité ne résulte que d'une bonne po- sition et de la pratique. J'ajoute que le cavalier doit également posséder, non une hardiesse imprévoyante, mais la confiance en soi qui lui laisse tout son sang- froid, sans lequel il n'aurait pas la libre et entière dis- position de ses moyens et des connaissances précé- demment acquises.
Enfin, il n'est pas nécessaire d'être un écuyer très savant pour bien monter à cheval. A l'homme très fort en théorie, mais peu habile dans la pratique, je préfère celui qui, ne se perdant pas dans de savantes disser-
38 PREMIÈRE PARTIE.
tarions, peut néanmoins monter à peu près tous les chevaux montables. Le pur théoricien arrive presque toujours à rendre rétifs les chevaux qu'il prétend dresser. Il a, en effet, assez de solidité pour de- mander un mouvement au cheval; mais sa solidité, faute de pratique, n'est plus suffisante et ne lui per- met pas de persister quand le cheval se défend ou- vertement.
Rien n'est plus mauvais que de provoquer des défenses, si on n'a pas la hardiesse de lutter jusqu'au bout et de les maîtriser.
XV Position de l'amazone.
L'amazone doit être placée, abstraction faite des jambes, exactement comme le cavalier, à partir de l'assiette.
Ses épaules, à toutes les allures, doivent être paral- lèles aux oreilles du cheval. Cela n'est possible que si les hanches occupent une position absolument sem- blable. C'est donc de la façon dont les hanches sont placées que dépend toute la position.
Les deux jambes étant à gauche, la jambe droite embrasse la fourche et est plus en avant et plus haut que la jambe gauche. Celle-ci est appuyée un peu
POSITION DE L'AMAZONE. 39
au-dessus du genou contre la fourche gauche; le pied repose dans l'étrier.
Il résulte de cette position des jambes que l'ama- zone a une tendance naturelle à faire porter presque tout le poids de son corps sur le côté droit, le gauche ne supportant presque rien. Il s'ensuit aussi que la hanche gauche, plus dégagée, fait saillie en arrière de la droite : ce qu'il faut éviter.
Le poids du corps doit être réparti également sur les deux côtés — et je répète pour l'amazone ce que j'ai dit pour le cavalier, — elle doit être assise sur sa selle complètement, comme sur une chaise, les han- ches et les épaules parallèles aux oreilles du cheval.
Il y a là non seulement une question de correction, mais aussi une question capitale de solidité.
Rarement l'amazone est jetée hors de la selle du côté gauche, elle est soutenue de ce côté par les four- ches et au besoin par l'étrier. Tout le danger d'une chute est donc à droite, et il existera d'autant plus que l'épaule gauche sera plus en arrière.
Il est facile de comprendre, en effet, que, dans un mouvement de désordre ou par suite d'un écart du cheval fait de droite à gauche, le haut du corps est dé- placé et forcément jeté à droite.
Ce déplacement est peu important et sera facile- ment corrigé si la position de l'amazone est correcte, c'est-à-dire si ses deux épaules sont placées comme nous l'avons indiqué plus haut. Si, au contraire, ses épaules sont de travers, la gauche restant en arrière.
^o PREMIERE PARTIE.
l'équilibre, déjà mauvais, se trouve complètement rompu et, par suite, il y a danger de chute à droite. Or c'est de cette chute qu'il faut être garanti, parce qu'elle est dangereuse. Dans ce cas, en effet, l'ama- zone tombe sur la tête, à la condition encore qu'elle soit débarrassée des fourches et de l'étrier. Mais si, au moment de la chute, le pied reste engagé dans l'étrier, ou si la jupe s'accroche aux fourches, l'amazone peut être traînée sans avoir aucun moyen de se dégager.
Ce qui donne la solidité à l'amazone lui donne en même temps l'élégance; elle n'a donc pas à se préoc- cuper de sacrifier l'un à l'autre. Il faut : i" que les genoux soient rapprochés autant que possible; le droit embrassant solidement la fourche et faisant force d'a- vant en arrière, le gauche, au contraire, en raison du point d'appui de l'étrier, faisant force d'arrière en avant; 2" que l'épaule gauche se porte bien en avant et que le corps soit légèrement infléchi en avant pour qu'il ait toute sa souplesse.
Quand le cheval est au pas, c'est-à-dire lorsque le corps repose constamment sur la selle, si Tépaule gauche reste en arrière, la position de l'amazone est déjà mauvaise et singulièrement disgracieuse.
Dans le trot dit à l'anglaise, c'est bien pis encore: l'épaule gauche se reporte vivement en avant quand l'amazone s'enlève, et revient en arrière quand le corps retombe sur la selle. C'est ce mouvement disgracieux qu'on appelle le tire-boiichon.
Quand l'amazone est bien assise au pas et qu'elle
POSITION DE L'AMAZONE. ^i
repose également des deux côtés sur la selle, les han- ches, et par suite les épaules, restent aisément placées ainsi dans le trot.
Le trot â l'anglaise doit être pris pour ainsi dire sous soi. Le haut du corps, ne faisant aucun effort, ne s'enlève pas; il se laisse enlever parle mouvement du cheval, le pied reposant dans l'étrier sans raideur, la cheville et les genoux ne faisant que l'office de char- nières. La moindre contraction, le moindre effort dans la cheville, dans les genoux ou dans les reins, donne à l'amazone une apparence raide, disgracieuse, et rend l'exercice du cheval fatigant.
Si l'amazone se conforme à ces règles, elle mar- que un temps sur la selle et un temps en l'air. Autrement, elle retombe trop tôt et marque deux temps sur la selle, d'où secousse inutile et fatigue. Je développerai plus longuement cette observation, à propos du cavalier, dans le chapitre du trot.
Sa souplesse est la qualité indispensable de l'ama- zone; elle s'acquiert par l'habitude du cheval et aussi par quelques exercices préalables dont le meilleur est la danse.
Souvent aussi, l'aisance de l'amazone est compro- mise par de très petits détails de toilette pour lesquels de bons conseils lui ont fait défaut, c'est pourquoi je m'y arrête un instant.
La femme à cheval se blesse très facilement. Le moindre pli dans ses vêtements détermine une écor- chure. Pour une longue promenade, et à plus forte
42 PREMIERE PARTIE.
raison pour la chasse, il est préférable qu'elle ne mette pas de chemise, mais une chemisette, en étoffe très mince, fixée à la taille. Le col et les manchettes doi- vent être adhérents à cette chemisette et non attachés par des épingles qui ne tiennent pas en place, tombent ou piquent.
Je conseille instamment de ne pas mettre de bas, car la jarretière est une gêne toujours, souvent une cause de véritable souffrance, et peut déterminer des blessures étendues et douloureuses. La chaussette est préférable à tous égards ; elle est complétée par une culotte collante faite d'une étoffe souple et élastique, en tricot ou jersey, doublée de soie; ou mieux encore de peau de daim très fine. Le pantalon qui est mis par- dessus est à sous-pieds en caoutchouc, peu large pour qu'il ne fasse pas de plis. La bottine sera à élastiques et non à boutons, pour éviter les blessures et les meur- trissures du cou-de-pied. Je n'aime pas les bottes, elles sont trop dures, peuvent blesser sous le genou et em- pêchent l'amazone de bien sentir son cheval avec la jambe.
Le corset doit être très court et bas; un buse long est non seulement gênant, mais réellement dangereux.
Je serais tenté de m'excuser d'entrer dans ces dé- tails intimes et pour lesquels ma compétence pour- rait être justement mise en doute, s'il ne s'agissait que d'une question d'élégance; mais tout ce qui touche à la toilette de l'amazone concerne sa solidité et son aisance à cheval.
POSITION DE L'AMAZONE. 4)
J'ai VU tant de femmes revenir d'une promenade endolories, souffrantes, et être condamnées ensuite à la chaise longue pour plusieurs jours, que j'en suis arrivé à considérer que tous ces détails ne sont pas sans importance.
Enfin je ne crois pas m'égarer dans des détails inutiles en recommandant de fixer la coiffure très solidement, La femme qui est préoccupée de maintenir ou de replacer son chapeau ou son voile pense trop peu à son cheval, et on peut dire que si elle perd son chapeau, elle est bien près de perdre la tête.
Le choix de la selle a également une très grande importance, aussi bien pour l'amazone que pour le cheval.
Elle doit être bien droite pour que les genoux ne soient pas plus hauts que le siège, peu rembourrée, parce qu'ainsi elle embrasse mieux le cheval et risque moins de tourner ou simplement de se déplacer : le moindre déplacement blesse fatalement le cheval au garrot.
Si la selle est trop courte du troussequin, elle bles- sera sûrement l'amazone; si elle est trop longue, c'est le cheval qui sera blessé aux reins.
Enfin il faut avoir grand soin que la crinière, au garrot, ne soit pas prise sous le pommeau de la selle, parce qu'il en résulte pour le cheval une gêne qui le détermine souvent à entrer en défense.
Quelques mots maintenant de la façon de mettre une femme en selle. Je pense que cela peut être utile
44 PREMIERE PARTIE.
non seulement aux amazones, mais aussi et surtout aux hommes qui ont l'honneur, un peu redouté par- fois, de leur prendre le pied.
A mon très grand regret, je suis obligé de dire que la femme, pour se mettre en selle, fait généralement l'inverse de ce qu'il conviendrait de faire. Elle met le pied gauche dans les mains qui lui sont présentées pour l'enlever, et elle saute du pied droit sur le pied gauche en portant son corps en avant. Il en résulte que tout son poids tombe brusquement sur les mains qui lui servent de marchepied et que le mouvement qu'elle a fait en avant rejette inévitablement l'homme en arrière et l'écarté de l'épaule du cheval.
Elle doit, au contraire, son pied gauche étant dans les mains, ne se servir de la jambe droite que pour prendre un léger élan qui permet la tension du genou gauche, et tenir le corps bien droit, plutôt un peu en arrière. Ce mouvement est des plus simples; c'est exactement celui qu'on fait pour monter une marche d'escalier un peu haute. L'amazone ne doit pas cher- cher à s'enlever par un élan ; tout son effort doit se borner à tendre le genou gauche de telle sorte que la jambe devienne et reste complètement droite, la taille demeurant bien cambrée. Elle doit enfin s'aider des bras, sa main gauche appuyée sur l'épaule du cavalier et sa main droite sur la fourche gauche. En procédant ainsi, elle montera toute droite sous l'impulsion des mains qui la portent et redescendra naturellement sur la selle en portant le siège un peu en arrière. Elle ne
POSITION DE L'AMAZONE. 45
doit pas chercher elle-même le cheval; c'est l'homme qui doit la placer au-dessus de la selle pour qu'elle n'ait plus qu'à s'asseoir. Quand l'amazone veut sauter sur la selle, elle la rencontre généralement avant d'être au-dessus et est rejetée sur l'homme.
Je ne puis m'empêcher d'ajouter que l'habitude qu'ont les amazones de donner le pied gauche est mauvaise; c'est une vieille routine dont je ne m'ex- plique ni l'origine ni la persistance. En effet, pour être mise à cheval en donnant le pied gauche, la femme doit, une fois qu'elle est enlevée, porter le siège d'avant en arrière et de gauche à droite, tandis que l'homme fait un mouvement d'arrière en avant et de droite à gauche. Il y a donc un double déplacement. Si, au contraire, la femme donne son pied droit, qui est le plus près du cheval, il lui suffit de donner une petite impulsion du pied gauche et de raidir le genou droit pour monter tout naturellement le long de la selle et se trouver assise sans le moindre déplacement.
Je n'ai pas le mérite d'avoir fait une découverte si simple; il y a bien longtemps que ce moyen est em- ployé par beaucoup d'écuyères, et des meilleures. J'ai eu l'honneur de mettre en selle des souveraines qui ne procédaient jamais autrement.
Essayez, mesdames, pendant huit jours, sans parti pris, et je suis certain que vous adopterez cette manière de vous mettre en selle.
Aussitôt en selle, l'amazone doit, de suite et sans s'attarder à arranger sa jupe, 'passer sa jambe droite
^a PREMIERE PARTIE.
dans la fourche; c'est le seul moyen d'éviter une chute si le cheval se jette de côté. J'ajoute même que les mains de Thomme ne doivent quitter les pieds de l'amazone que lorsque la jambe droite est bien en place.
Pour descendre de cheval, Tamazone quitte l'étrier et donne le poignet gauche; elle dégage ensuite la jambe droite de la fourche, donne le poignet droit et, se trouvant ainsi assise sur la selle, se laisse glisser à terre sans sauter et en raidissant un peu les bras. Elle doit tomber sur la pointe des pieds et ployer les genoux pour éviter toute secousse. Cette recomman- dation n'est pas superflue, car, après une promenade un peu prolongée, les jambes sont souvent raides et engourdies.
Je répète que la femme doit donner ses poignets et qu'elle ne doit pas sauter, mais se laisser glisser. Voyez ce qui arrive le plus souvent : la femme s'élance de sa selle, le cavalier la reçoit en la prenant par la taille, et, ne pouvant la porter à bras tendus, il la laisse glisser le long de son corps. C'est désagréable, disgracieux et peu convenable.
On demande souvent si le cavalier qui accompagne une amazone doit se tenir à sa droite ou à sa gauche. Je ne crois pas que le savoir-vivre impose à cet égard une règle absolue.
Dans les conditions ordinaires, j'estime que le ca- valier doit être à droite, parce que l'amazone, pour se tourner vers lui, est obligée de reporter l'épaule droite
POSITION DE L'AMAZONE. 47
en arrière, ce qui est, ainsi que nous l'avons dit, la position désirable. De plus, le cavalier, se trouvant à droite, peut en cas de désordre ou de danger venir en aide à l'amazone. S'il était à gauche, il ne pourrait pas s'approcher d'elle suffisamment, à cause de ses jambes. S'il arrive qu'il y ait pour l'amazone un danger à gauche, par suite d'embarras de chevaux ou de voi- tures, le cavalier doit alors se placer de ce côté, préci- sément pour protéger les Jambes.
DEUXIEME PARTIE
EQUITATION COURANTE
Travail à la longe.
Je procède avec tous les chevaux indistinctement de la même manière ^ Le cheval adresser est amené dans le manège, sellé et bridé. Je passe les rênes de bride et de nlet sous la sous-gorge, pour qu'elles ne flottent pas et que le cheval ne risque pas de prendre ses pieds dedans. Je boucle alors une longe à l'anneau du filet du côté gauche, puis je laisse le cheval marcher à sa guise.
I. Pendant toute leçon, il faut mettre des bandes de fla- nelle aux jambes de devant, à partir du boulet jusqu'au-dessous du genou. On fortifie ainsi les tendons en leur donnant un soutien, et on évite les suros et les exostoses, conséquences fréquentes des coups que le cheval, encore maladroit, peut se donner.
Aussitôt après la leçon, on enlève les flanelles des jambes de devant et on les met aux jambes de derrière. Il ne faut les laisser que deux ou trois heures. Ce temps suffit pour empêcher les jambes d'enfler et les mollettes de se former. Si on laissait les jambes d un cheval constamment entourées de flanelle, Iw'S tissus pourraient se ramollir et les tendons se détendre sous l'action de la chaleur.
ja DEUXIEME PARTIE.
S'il s'éloigne de moi, je le laisse aller, mon but étant de lui faire suivre le mur; s'il ne s'éloigne pas et s'il cherche à tourner autour de moi, je lui montre la chambrière, dont la vue sufiit pour l'écarter autant que la longe le permet. Je tiens la chambrière dans la main droite, la longe dans la main gauche, et je laisse le cheval libre de prendre l'allure qu'il veut.
Cette promenade autour du manège a pour but de permettre au cheval de se rendre compte du terrain, ainsi que de tous les objets qui l'entourent, qui sont nouveaux pour lui.
S'il est vigoureux, il bondit d'abord, puis il galope ou il trotte; mais il se calme au bout de quelques minutes. S'il est mou, il hésite à se porter en avant : il faut alors le pousser en lui montrant d'abord la chambrière, et, si cela ne suffit pas, en le touchant légèrement sur les fesses, jusqu'à ce qu'on ait obtenu une allure vive, trot ou galop, soutenue pendant cinq minutes. Je ne saurais trop recommander d'éviter soi- gneusement tout mouvement brusque ou violent, qui pourrait effrayer l'animal.
J'ai dit que j'exigeais cinq minutes de travail à une allure vive; mais je ne puis naturellement le faire que si le cheval est déjà bien engrainé, c'est-à-dire en par- fait état. Dans le cas contraire, la durée du travail pendant les premiers jours doit être moins longue : c'est progressivement que j'arrive à la prolonger pen- dant le temps indiqué.
Lorsque le cheval a marché pendant cinq minutes
TRAVAIL A LA LONGE. 53
à main gauche, — c'est-à-dire l'épaule gauche placée à l'intérieur du manège, — je laisse tomber la cham- brière, je tâche de calmer le cheval de la voix, puis je raccourcis ma longe jusqu'à ce qu'il soit près de moi. Je lui parle doucement, et le caresse de la main sur l'encolure % ensuite sur la tête, s'il veut bien se laisser faire, puis je défais la longe et la boucle à l'anneau du filet du côté droit.
Après un léger repos, je fais recommencer, du côté droit, pendant cinq minutes, les mêmes exercices. Ce travail terminé, je laisse de nouveau tomber la cham- brière, je fais un appel de voix en tirant doucement sur la longe pour ramener le cheval à moi et je le caresse de nouveau.
A mon sens, cet exercice est indispensable au dé- but du dressage. Qu'on me permette d'en donner un peu longuement les raisons, car j'y attache une réelle importance.
Un jeune cheval est presque toujours inquiet, crain- tif: un rien l'effraye, les ombres, les murs ou les objets qui y sont accrochés. Forcément il s'éloigne de ce qui lui fait peur et se jette en dedans du manège qui est libre, puisque je suis seul au centre. Si je lui montre la chambrière en m' avançant de son côté, il la fuit d'instinct et se reporte au mur où il est aisément main- tenu par la chambrière tendue vers son épaule.
Placé entre la menace que je lui fais et un objet
i. Tous les chevaux acceptent les caresses sur l'encolure.
5^ DEUXIEME PARTIE.
quelconque dont il a eu peur et qu'il a fui, il retourne vers cet objet qui, immobile, lui paraît moins redou- table que la chambrière. Quand il a franchi plusieurs fois, grâce à ce procédé, l'endroit où il a eu peur, il finit par ne plus éprouver aucune crainte. On remar- quera qu'il n'a pas été nécessaire d'en arriver à la correction, dont on ne doit user qu'à la dernière extrémité.
Au surplus, si le cheval est trop vigoureux, je lui aurai donné par un bon temps de trot ou même de galop, s'il le préfère, le moyen de se débarrasser de son excédent d'énergie : il sera donc plus docile et plus attentif. S'il est mou S je lui aurai appris, par quelques coups de chambrière, qu'il doit se porter en avant.
En tout cas, j'aurai obtenu un résultat : le cheval n'a plus peur des objets qui l'environnent; il s'}^ est habitué promptement, parce que, n'ayant personne sur son dos qui le gêne dans ses mouvements et l'in- quiète, il a la perception plus libre. J'aurai obtenu cela sans lutte, sans grands efforts, sans avoir eu à
1. Il ne faut pas confondre le cheval mou avec le cheval froid. Le cheval mou, s'il est convenablement alimenté et exercé, peut devenir allant. Le cheval /ro/if^ au contraire, peut très bien avoir de la vigueur musculaire, mais il répugne à en faire usage, ou plutôt il n'en fait usage que lorsqu'il lui plaît. C'est ce qui le rend dangereux pour les cavaliers inexpérimen- tés. Il n'y a de vraiment sûr que le cheval généreux. Le cheval trop chaud est insupportable et cherche à s'emballer; mais je le préfère au cheval froid. La première qualité du cheval, c'est ô.\woir du cœin- ou, comme on dit, d'être alLint.
TRAVAIL A LA LONGE. 5j:
subir les bonds ou les écarts d'un cheval monté trop frais, et sans m'être exposé à rouler à terre avec un cheval qui, ignorant du terrain, pose maladroitement le pied et tombe !
J'ai de plus appris au cheval à connaître, à sup- porter et à craindre la chambrière, ce qui est d'une très grande utilité, car si, plus tard, monté par un cavalier insuffisant, il refuse de se porter en avant, l'emploi de la chambrière sera tout indiqué. Souvent sa vue seule suffira pour que le cheval, qui la redoute, se porte en avant. S'il ne le fait pas, on devra alors le toucher légèrement sur les fesses, mais toujours avec ménagement, toute brusquerie ou toute surprise pouvant provoquer une défense.
Ce travail à la longe a encore un autre avantage : il permet de pousser le cheval dans le trot et de por- ter cette allure jusqu'à V extension, en faisant chasser Tarrière-main, par l'action de la chambrière. Enfin, on met ainsi l'animal dans la nécessité, qui devient une habitude, de se soutenir par lui-même ^ Il ac- quiert par cet exercice, pris en toute liberté, la sou- plesse, la confiance, l'adresse et la sûreté de pied. Ne sont-ce pas là des qualités premières?
Le cheval, maintenu à une allure vive pendant toute la durée de la reprise, qui est de cinq minutes de chaque côté, acquiert en outre de Thaleine, ses pou-
I. Le cheval attelé s'appuie au collier; le cheval monté à la main du cavalier; le cheval à la longe est obligé de chercher en lui-même son équilibre indépendamment de tout appui.
■56 DEUXIÈME PARTIE.
mons étant obligés de fonctionner largement. Il prend enfin un exercice nécessaire, qu'il n'aurait pas avec les premières leçons montées, puisqu'elles ont lieu au pas.
Aux deux ou trois premières leçons, je laisse le cheval aller aux allures qu'il lui plaît, pourvu qu'elles soient vives et qu'il suive le mur. Dans les leçons suivantes, j'exige le trot.
Obtenir le trot est chose facile. On doit y arriver avec n'importe quel cheval à la troisième ou qua- trième leçon, sans le secours d'aucun aide. Je dis sans le secours d'aucun aide, parce que les dresseurs, en général, ont l'habitude d'opérer à deux. Ce fai- sant, ils suivent les prescriptions de presque tous les ■ouvrages parus jusqu'à ce jour, qui ont tous recom- mandé cette façon de procéder. Je la trouve défec- tueuse, parce qu'il n'y a jamais un accord parfait entre les mouvements des deux hommes. Il arrive que celui qui tient la chambrière frappe quand il ne le faut pas, ou bien que celui qui tient la longe arrête le cheval alors que le premier le pousse, ce qui provoque un •désaccord qui n'a pas lieu quand le dresseur opère seul.
Le cheval est au mur, il marche à main gauche; l'écuyer, qui est au centre du manège, doit toujours demeurer face au cheval et à hauteur de son épaule, en le tenant encadré entre la longe qui est devant, tenue de la main gauche, et la chambrière qui est derrière, tenue de la main droite. L'écuyer doit
. IMn?. UNIVERSITY LIBR ARIES
!
r V' .n.:'iv.v. !^-' :i,
" }^\
\%. i^ 4À»^ V'^ 7? if V^^
TRAVAIL A LA LONGE. 57
toujours accompagner le cheval, mais non pas le sui- vre ; il doit se placer de manière à toujours main- tenir le cheval entre la longe en avant et la cham- brière en arrière.
Pour faire prendre le trot au cheval, je le touche légèrement avec la chambrière, en enveloppant l'ar- rière-main. Il vaudrait mieux toucher l'épaule, mais il ne faut pas l'essayer, surtout avec un jeune cheval, à moins d'avoir une grande expérience du maniement du fouet. En effet, si, au lieu d'atteindre franchement l'épaule, la mèche touche ou effleure la tête, le cheval se rejette vivement en arrière, et l'on provoque alors un mouvement qui est absolument le contraire de celui qu'on a voulu. On pourra encore faire un appel de langue qui suffira avec un cheval un peu allant. iMais je m'empresse d'ajouter qu'il ne faut pas abuser des appels de langue, qui peuvent devenir une cause de désordre lorsqu'on est en troupe.
Sous l'action de la chambrière, souvent le cheval bondit, ou il prend le galop. Je le modère en agitant légèrement la longe, en même temps je le calme de la voix.
La longe ne doit jamais être tendue. Elle ne se fait sentir sur la bouche du cheval que par son propre poids ou par l'effet des vibrations que vous lui imprimez.
J'ai déjà dit que la voix était un puissant auxiliaire dans le dressage. Si, chaque fois que vous agitez la longe pour modérer l'allure, vous dites à haute voix:
58 . DEUXIEME PARTIE.
« Au trot! » le cheval, si peu intelligent qu'il soit, ne tarde pas à se rappeler qu'il }'■ a concordance entre l'effet produit sur la bouche et le son qui arrive à son oreille. D'abord il obéit aux deux impressions simul- tanées, puis bien vite il obéit à une seule : l'intonation.
Quand j'ai obtenu un trot bien franc et soutenu pendant le temps voulu, je remets le cheval au pas en agitant légèrement la longe, ainsi que je l'ai fait pour le faire passer du galop au trot. Ici encore je me sers de la voix en disant assez haut, mais avec douceur : « Hooho ! »
Dès ce moment, il faut apprendre au cheval à venir à récu3^er.
Pour y arriver, je raccourcis doucement la longe en tirant le cheval à moi et je recule à très petits pas, de façon qu'il gagne du terrain sur moi et se rapproche. Lorsqu'il est arrivé à portée de mon bras étendu, je le caresse à l'encolure et je le calme de la voix. J'évite avec grand soin de faire avec le corps le moindre mouvement en avant. Ma grande préoccupation est de rassurer le cheval. Si je fais un pas en avant, il se rejette aussitôt en arrière, et le mouvement que je provoque est précisément le contraire de celui que je veux obtenir. Si rien ne l'a effrayé lorsqu'il est venu à moi, si ma caresse de la main et de la voix lui a montré qu'il n'a rien à redouter de mon voisinage, il prendra vite confiance et viendra ou cherchera à venir de lui-même, d'autant plus volontiers que ce n'est qu'au centre du manège qu'il trouve la tranquillité.
TRAVAIL A LA LONGE. jp
Il doit avoir assez de confiance pour s'approcher de l'écuyer sans appréhension, mais il ne doit le faire que sur un appel d'autorité. Le but est de lui faire com- prendre cet appel sans le secours de la longe, qui plus tard sera supprimée.
Pour faire venir le cheval d'autorité, j'emploie la chambrière. Je lui donne de petits coups légers et répétés, soit sur les fesses, soit aux flancs ou à l'épaule, cherchant toujours à encadrer le côté qui m'échappe. Parfois même pour porter l'animal en avant, je l'at- taque au poitrail : son premier mouvement est de se rejeter en arrière, mais je le maintiens vigoureuse- ment par la longe et l'empêche de reculer en même temps que je l'appelle de la voix en disant Jioolio!
Il faut remarquer que, s'il se rejette en arrière, c'est parce que la vue de la chambrière, mise en mou- vement, l'a effrayé et pour se dérober aux coups. Le cheval non dressé ne fuit pas une piqûre, il s'avance au contraire, se couche sur elle. Nous verrons plus loin que l'effet obtenu sur le cheval monté par la pres- sion de la jambe ou le coup d'éperon est uniquement « d'éducation w. Livré à sa propre nature, il fait le mouvement inverse de celui qu'on obtient par le dres- sage : ainsi, piqué au fîanc droit par une mouche, le cheval se jette à droite jusqu'à ce qu'il rencontre un obstacle sur lequel il se frotte et même se couche.
C'est donc la vue ou la menace de la chambrière qui Ta fait fuir; la sensation du coup le porte au con- traire en avant. Aussitôt que la résistance de la longe
6o DEUXIEME PARTIE.
lui a montré qu'il ne peut plus se soustraire à la vue de la chambrière en se jetant en arrière, il cède à son instinct et se porte en avant. Si la chambrière s'abaisse aussitôt, si une caresse le reçoit, il prend confiance, comprend ce qu'on veut de lui et Texécute sans résis- tance par la suite. Ce résultat ne s'obtient pas instan- tanément, mais on peut y arriver en très peu de leçons, surtout si aucun mouvement brusque du dres- seur n'a effrayé le cheval au moment où il avance. " A partir du moment où le cheval vient franchement à l'homme sur la chambrière on peut supprimer la longe*. Ce premier travail à la longe n'est que pré-
I . Pour faire venir le cheval à l'homme sans le secours Je la longe, j'emploie les mêmes procédés que dans le travail à la longe lui-même. Dans le commencement du travail, je me sers beaucoup de la longe et peu de la chambrière. A mesure que le cheval progresse, je diminue l'emploi de la longe et j'augmente celui de la chambrière, m'appliquant toujours, pour faire venir le cheval à moi, à l'encadrer de la chambrière du côté oii il échappe. Finalement il prend l'habitude de venir à moi par la chambrière et sans aucun emploi de la longe. A ce moment, je l'accoutume à me suivre dans toutes les parties du manège, tou- jours encadré par la chambrière et porté en avant à la moindre hésitation par de petits coups sur les fesses.
Enfin je supprime la longe. Si le cheval, comme il arrive inévitablement, refuse d'obéir à la chambrière et m'échappe, alors c'est la lutte. La lutte ici consiste à poursuivre l'animal à coups de chambrière sur l'arrière-main jusqu'à ce qu'il vienne à l'homme. Ce résultat peut paraître invraisemblable au premier abord. Cependant, quand le cheval poursuivi par l'homme a fait un assez grand nombre de tours au manège au grand galop, il n'a qu'une idée, c'est de s'arrêter. Or, comme la chambrière le poursuit partout sur la piste du manège et ne lui laisse de repos qu'au centre, ainsi que le lui a appris l'édu-
TRAVAIL A LA LONGE. 6i
paratoire. Il a été en usage de tout temps, mais ap- pliqué et apprécié de façons différentes. Baucher le repoussait. Avant lui, on en usait avec excès. Pour moi, j'estime qu'il est salutaire, étant bien entendu qu'il n'aura pour but ni pour effet de fatiguer le cheval.
J'ajoute qu'il est également bon et pour le cheval qu'il habitue à l'homme, qu'il soumet à un com- mencement d'obéissance sans provoquer de défense, et pour le dresseur, qui fait sentir son autorité à dis- tance, en se tenant hors d'atteinte des coups de pied de devant et des ruades ^
Ce premier et très important résultat obtenu, je passe au travail rapproché.
cation à la longe, il finit par prendre un parti et par arriver au centre.
Pour lui faciliter ce mouvement, l'écuyer doit saisir le mo- ment où le cheval paraît disposé à ralentir l'allure, pour le dé- tacher du mur en l'encadrant de la chambrière, en même temps qu'on fait l'appel de la voix (hooho '.) qui, dans le travail à la longe, l'appelait à l'homme.
Si le cheval se refuse à venir et reste au mur, nouvelle pour- suite suivie d'un nouvel essai pour l'amener au centre, et ainsi de suite jusqu'à obéissance.
I. Je ne suis pas partisan du caveçon, excepté pour les che- vaux vraiment méchants. Je conseille aux personnes qui .s'en serviraient d'avoir soin qu'il soit léger et bien rembourré.
6» DEUXIEME PARTIE.
II
Travail rapproché, marche en avant.
J'abandonne la longe et je tiens le cheval par le filet que j'ai d'abord passé par-dessus sa tête. Je rem- place la chambrière par la cravache, et je me sers du filet et de la cravache exactement comme j'ai fait de la longe et de la chambrière.
Étant à main gauche, le cheval au mur, je me place près de son épaule gauche. De la main gauche, je tiens l'extrémité des rênes du fileta Dans cette même main se trouve la cravache que je dissimule le long de ma jambe, de façon que le cheval ne puisse la voir. De la main droite, je saisis alors les deux rênes de filet près de la bouche et en dessous du menton ^ Puis je fais quelques pas en avant. Si le cheval suit mon mouvement, je le caresse; si, au contraire, il refuse d'avancer, ma main gauche passe derrière mon dos et le touche près des sangles avec la crava- che. Assez généralement le cheval neuf refuse d'a- bord d'avancer et a besoin du coup de cravache ^
1. Il va sans dire que tous les effets sont inverses si l'on est à main droite.
2. Voir planche I.
3. Généralement la cravache suffit. Certains chevaux ce- pendant refusent de se porter en avant, surtout si l'on demande
TRAVAIL RAPPROCHE, MARCHE EN AVANT. 6j
Ici, j'appelle toute l'attention du lecteur, car l'in- stant est décisif : nous sommes à la première lutte de laquelle dépend l'avenir.
Il importe de comprendre que le cheval ne se rend aucun compte, à ce moment, de ce qu'on lui demande et qu'il ignore les moyens de coercition dont dispose l'écuyer. Il ne craint pas encore le châtiment et connaît à peine l'action rassurante des caresses.
Or tout le dressage est renfermé dans ces deux moyens : châtier ou caresser à propos.
Je suppose que mon cheval refuse d'avancer. On remarquera que, dans la position que j'occupe, il lui est assez difficile de reculer; difficile, mais non im- possible, car il faut s'attendre à tout de la part d'un cheval neuf qui dispose librement de sa force et de sa masse.
Pour le faire avancer, je tends le bras droit, — la main droite tenant toujours le filet sous le menton, exactement à l'endroit où se place la gourmette, — et je pousse devant moi plutôt que je ne tire; tandis que derrière mon dos, de la main gauche qui tient toujours l'extrémité du filet, je frappe légèrement du bout de la cravache un peu en arrière des sangles.
Si le cheval est doux, pas trop nerveux et peu impressionnable, il se porte en avant sans trop de brusquerie. Souvent, au contraire, il répond aux
la flexion. Dans ce cas, je remplace la cravache par la cham- brière, et derrière mon dos j'attaque l'arrière-main. Il n'y a pas de cheval qui ne cède.
64 DEUXIEME PARTIE.
coups de cravache par un mouvement violent et peut, suivant son caractère, bondir, se cabrer, se jeter avec force de côté ou reculer avec vitesse. Telles sont les quatre défenses que le cheval peut opposer dans ce cas.
Examinons les mo3^ens de les combattre.
Si le cheval bondit, vous n'avez qu'à lui lever la tête, pour lui charger l'arrière-main, en ayant soin de vous tenir très près de son épaule pour éviter les coups de l'avant-main. La tête haute, un cheval ne peut bondir. -
La cabrade est plus dangereuse; aussi je recom- mande à tous les écuyers qui travaillent à pied de toujours porter un chapeau haut de forme. Cette sage précaution m'a sauvé de plus d'un coup de sabot sur la tête. Lorsque le cheval se cabre, votre main droite abandonne forcément le filet, dont l'extrémité demeure seule dans la main gauche, ^'ous vous trou- vez alors éloigné de l'animal de toute la longueur de ce filet, ajoutée à celle de votre bras gauche, en sorte que, si vous faites demi-tour, pour lui faire face, il est impossible qu'il vous atteigne.
Laissez-le reprendre son aplomb, puis approchez- vous de lui très doucement, en prenant toujours soin de cacher votre cravache. S'il se cabre de nou- veau, pesez fortement et sans saccades sur le filet. Quand il aura essayé trois ou quatre fois de ce moyen de défense, voyant qu'il ne lui réussit pas, il y renon- cera bientôt et peut-être se jettera brusquement de côté.
TRAVAIL RAPPROCHE, MARCHE EN AVANT. 65
Notez, toutefois, qu'il ne peut se jeter qu'à gauche, puisqu'il a le mur à droite. La cravache sur le flanc gauche et une action un peu vigoureuse sur la rêne gauche du filet suffisent pour le redresser.
Reste le reculer. Quand le cheval emploie cette défense, il faut encore vous placer en face de lui et tirer fortement sur le filet des deux mains en fléchis- sant légèrement les genoux et en portant le corps très en arrière. Faites-vous lourd, comme on dit vulgai- rement, afin que l'animal ne puisse que péniblement vous entraîner dans son mouvement rétrograde. Le cheval sera vite fatigué.
J'ai une telle habitude de me laisser tramer tout en restant debout que j'arrête presque tou- jours n'importe quel cheval à son deuxième ou troi- sième pas. Quand il sent qu'on lui résiste par la force d'inertie et non la violence, il s'arrête et fixe généra- lement l'homme en même temps qu'il pousse comme un profond soupir. Fixez-le aussi, et tâchez de de- viner s'il va cesser ou s'il va continuer de se défendre. Avec un peu d'habitude on s'en rendra facilement compte.
JAMAIS LA LEÇON NE DOIT ÊTRE INTERROMPUE ET EN- CORE MOINS PRENDRE FIN SUR UNE DEFENSE.
La défense terminée, je redemande avec douceur et par les mêmes procédés la marche en avant et je ne cesse qu'après l'avoir obtenue. Il est rare que le cheval ne cède pas promptement.
Baucher, dans cette première partie du dressage,
s
C6 DEUXIÈME PARTIE.
cherchait à obtenir la marche en avant en donnant de petits coups de cravache sur le poitrail, tandis qu'il tenait le filet à mi-longueur, faisant face au cheval.
Comme on l'a vu dans le chapitre relatif au travail à la longe, je n'ai pas d'objection de principe à faire à ce procédé, sinon qu'il présente l'inconvénient grave d'exposer l'homme aux coups de l'avant-main et de rendre souvent le cheval chatouilleux.
En outre, l'attaque au poitrail ne sert à rien dans la suite du dressage, tandis que l'attaque aux flancs comme j'ai eu à la décrire est la meilleure préparation à l'éperon.
Enfin, dans le système de Baucher, on tire sur l'avant-main, qui doit, si on réussit à le mettre en mouvement, entraîner l'arrière-main, tandis que, par mon procédé, c'est l'arrière-main qui s'engage et pousse l'avant-main. Or ce dernier mouvement est le prin- cipe même de toute équitation.
III Mise en main, flexion directe.
Quand mon cheval marche bien avec moi autour du manège à main gauche, je change de côté et je re- commence le même exercice sur l'autre main. Puis, dès que je suis satisfait, je commence la mise en main.
MISE EN MAIN, FLEXION DIRECTE. 67
Toujours à main gauche et placé à l'épaule gau- che de mon cheval, je prends les rênes du mors de la main droite, à douze ou quinze centimètres de la bouche. Conservant dans le creux de la main gauche la boucle du filet, je saisis, avec les doigts de cette même main, la partie du filet située à environ quinze ou vingt centimètres de la bouche, et je porte la main en avant de la tête, de manière à tirer le cheval en avant. Il est absolument indispensable de placer ainsi le filet, si vous voulez éviter que le cheval ne s'arrête quand vous agirez sur les rênes du mors.
Il ne suffit pas de tenir le filet horizontal, car il ne doit pas seulement tirer en avant. Il faut qu'il tire, en outre, de bas en haut, car il doit relever la tête et l'en- colure au moment où l'action du mors provoque la flexion de la mâchoire ^ En effet, si cette dernière action n'était pas contre-balancée par l'action du filet, elle ferait baisser la tête et amènerait l'affaissement de l'enco- lure.
Je tends la rêne du filet pour relever la tête et l'en- colure, puis Je tends également la rêne du mors pour faire fléchir l'encolure et décontracter la mâchoire. Je tends davantage la rêne du filet si le cheval ne se porte pas en avant, davantage la rêne du mors s'il raidit l'encolure et contracte la mâchoire. Je recommande tout particulièrement de ne pas tendre les rênes d'une
I. Voir planche II, position des mains. — Figure i, mâchoire contractée. — Figure 2, mâchoire fléchie, mors libre.
CQ DEUXIEME PARTIE.
manière continue, mais d'agir par petites pesées plus prolongées que ne le ferait une simple saccade, mais d'une durée assez courte cependant pour que le cheval n'ait pas envie de s'appuyer sur la main.
A la première concession, si faible qu'elle soit, je rends et je caresse. Puis je recommence en tâchant d'obtenir une concession un peu plus grande, sans pourtant me montrer trop exigeant. Je rends et je caresse de nouveau. Et ainsi de suite.
Il faut s'appliquer particulièrement à obtenir que le cheval cède non seulement de l'encolure, mais aussi et surtout de la mâchoire, ce qu'il marque en ouvrant la bouche. La flexion de la mâchoire est le dernier terme de la flexion ^
C'est dans l'opposition des effets alternatifs du filet et du mors que réside toute l'opération de la flexion directe. Tandis que le filet entraîne l'avant-main en avant, le mors sollicité par une pression légère retient la tête, la fléchit et fait céder la mâchoire sans arrêter l'avant-main.
Mais, pour arriver à ce résultat dans la légèreté, il faut pratiquer continuellement le grand principe : PRENDRE et RENDRE. Prendre pour faire céder la résis- tance; re^tfrt? pour récompenser de la concession; prendre de nouveau afin de profiter de cette conces- sion pour en obtenir une plus grande, et ainsi de suite.
I. Si en dernier lieu la mâchoire ne cédait pas, la flexion de l'encolure seule n'aboutirait qu'à reporter le poids de la masse en arrière, à faire reculer le cheval ou à l'acculer.
TUFTS UNIVERSITY LIBRARIES
t
-Api
o
MISE EN MAIN, FLEXION DIRECTE. 69
Il ne suffit pas que le cheval mâche son mors, il faut encore qu'il le lâche^. C'est là la dernière concession qui prouve que la flexion est véritablement complète.
Pour cela, quand la mâchoire inférieure cède faci- lement à la tension des rênes du mors, il faut prolon- ger cette tension jusqu'à ce que le cheval lâche com- plètement le mors. La cravache doit toucher le flanc à petits coups pour prévenir un temps d'arrêt ^.
Il est bien entendu que tout ce travail doit être accompli avec une très grande légèreté de main. C'est par les effets alternatifs du mors et du filet que l'on se rend compte du degré de sensibilité de la bouche du cheval. On reconnaît ainsi immédiatement si le cheval a la bouche dure ou sensible.
Toutefois, il faut bien se garder de confondre la dureté de la bouche avec la résistance qui peut pro- venir de la position de la tête. Un cheval qui porte la tête basse est toujours lourd à la main, parce qu'il porte tout son poids sur Tavant-main, et pourtant il ne s'ensuit pas qu'il ait la bouche dure. Changez sim- plement la position de sa tête; placez-la-lui haute, elle ne pèsera plus sur la main, et vous aurez alors le sentiment de la sensibilité ou de la dureté de la bouche.
Si la flexion a été faite comme je l'ai indiqué et par les procédés que j'ai décrits, la position obtenue est la
1. Voir planche II, fig. 2.
2. Voir planche VI, fig. 2.
730 DEUXIEME PARTIE.
sui"vante : encolure haute*, fléchie à la nuque; axe de la tête voisin de la perpendiculaire % mais un peu au delà^\ bouche ouverte, mors libre*.
Je viens de décrire le mécanisme de la flexion di- recte telle que je la comprends et telle que je la pra- tique, avec cette seule différence que, pour plus de clarté, j'ai dû supposer le cheval arrêté, tandis que j'expliquerai plus loin que je fais tout d'abord la flexion directe dans le mouvement en avant.
Mais la plupart des écuyers pratiquent cette flexion d'une manière toute différente. Pour se rendre compte de ce que doit être la flexion directe, principe fonda- mental de toute équitation, il faut d'abord savoir quel résultat on se propose d'obtenir en la faisant.
LA FLEXION DIRECTE A POUR BUT :
7° Uêquilibj^er le cheval par la hauteur de V encolure.
Il est très rare que les chevaux soient d'eux-mêmes bien équilibrés.
1. Pour que la flexion soit irréprochable, il faut que le bout du nez arrive à la hauteur de la partie supérieure de l'épaule. (Planche IV, fig. 2.)
2. La flexion à la nuque ne permet pas à l'axe de la tête de dépasser la verticale en deçà. Cette position vicieuse ne peut se produire que si l'encolure se fléchit plus bas.
3. La conséquence de cette position, c'est que je mets mon cheval légèrement sur la main, tandis que Baucher, qui vou- lait le sien derrièi'e la main, ramenait la tête en deçà de la verticale, ce qui le conduisait d'ailleurs à l'acculement.
4. Voir planche II, fi^'. 2.
TUFTS UNIVERSITY LIBRARIES
llUlilIlillllllililillllUllllllllllllllllilllllllllllllllllllllii
cheval arr
|
w 81 |
l! |
|
>. |
as à l'axt'
^i ^^^ •s^"* <in
Planche III
Fiq. II
MISE EN MAIN, FLEXION DIRECTE. 71
En raison de leur construction, tous les chevaux oni une tendance à être sur les épaules. La plupart y sont. La cause en est dans l'éloignement de la tête de la base de sustentation. Plus la tête est loin du centre de gravité, plus elle est basse, plus les épaules seront chargées. L'élévation de l'encolure, en rapprochant la tête du centre de gravité, a pour résultat de répartir plus également le poids. Comme toute i'équitation, ainsi qu'on le verra plus loin, réside dans des transla- tions de poids, le premier acte du dressage doit être de répartir également ce poids, afin que le bon équi- libre, maintenu dans le mouvement, assure plus tard la légèreté dans toutes les actions.
L'élévation de Tencolure, chargeant également l'avant-main et l'arrière-main, leur laisse toute leur liberté et toute leur énergie. Elle ^lace le cheval; il ne restera plus tout à l'heure qu'à l'animer. L'encolure haute, c'est les jarrets s'engageant aisément sous le centre, c'est la hauteur des actions de l'avant-main ^ En un mot, c'est le bon équilibre, c'est la grâce par la légèreté.
Mais il y a des chevaux qui sont sur l'arrière- main, et l'on pourrait croire que, s'il est bon d'élever l'encolure chez le cheval qui est sur les épaules, il doit
I. Dans les courses, loin de chercher la hauteur des actions, on s'attache uniquement à gagner en longueur. Voilà pourquoi on n'a garde de relever l'encolure à l'entraînement; il n'y a qu'un principe, c'est que le cheval s'étende le plus possible dans un équilibre naturel, en rasant le tapis.
72 DEUXIEME PARTIE.
être nécessaire de l'affaisser chez le cheval qui est sur l'arrière-main. Il n'en est rien. Comme je l'ai expliqué tout à l'heure, la construction du cheval et les rapports de ses leviers entre eux sont tels que l'équihbre de la masse ne peut être obtenu que par l'élévation de l'en- colure.
Le cheval qui a reporté le poids de sa masse sur l'arrière-main, c'est le cheval acculé, dont les jarrets sont trop éloignés ou trop rapprochés du centre. Dans le premier cas, le cheval est braqué ; dans le second, la croupe s'abaisse et la ligne des fesses dépasse nota- blement celle des jarrets ^ Mais ici ce n'est plus une mauvaise répartition naturelle du poids de la masse, comme pour le cheval sur les épaules, c'est une mau- vaise répartition volontaire des forces chez un ani- mal qui se retient, qui ne veut pas se porter en avant. Les jarrets ne font pas leur office, qui est de pousser la masse en avant. En surchargeant l'avant-main par l'affaissement de l'encolure, on le rendrait plus lourd, et par conséquent on augmenterait la difficulté du travail qu'on veut obtenir des jarrets ^ Il faut donc élever l'encolure pour alléger l'avant-main, mais l'élever de bas en haut, non d'avant en arrière, sans d'ailleurs exagérer le mouvement et en conservant
I. Cette seconde position est d'ailleurs la plus dangereuse, parce que le cheval est prêt pour la cabrade. Le danger de l'ac- culement est la rétivité se manifestant par le reculer ou par la cabrade, qui peut amener le renversement de l'animal.
2. Sans compter que l'encolure affaissée, si on l'obtenait, ne ferait que donner plus d'élan à la cabrade.
TUFTS UNIVERSITY LIBRARIES
R^V»
!\
J
i
fi
1^.
m
'?re, sari'
Fig.I -FlexiOT! Vicieuse
Planrh:: ]Y.
Flexion correcte
MISE EX MAIN', FLEXION' DIRECTE. 71
toujours la main très légère. L'encolure haute, c'est la première condition du bon équilibre. Ce point obtenu, c'est par des flexions de la tête bien placée, par des flexions de la mâchoire, et surtout par les jambes, qu'il faut chercher à libérer l'arrière-main en l'actionnant, en portant le cheval franchement en avant. Le cheval qui est sur l'arrière-main, qui est acculé, ou simple- ment qui se retient, est un cheval derrière les jambes, il faut, par une très grande légèreté de la main et par une grande énergie des jambes, arriver à changer son équilibre en le jetant sur- la main^. Ce n'est pas par l'encolure basse qu'on obtiendrait ce résultat, puis- qu'elle est le principal obstacle à la légèreté.
2° D'affermi!^ rencoliu'e dans l'axe du corps en liant aux épaules la tête rendue légère par la flexion.
La tête non fléchie est lourde à l'extrémité de l'en- colure devenue trop mobile -. La tête fléchie se meut, au contraire, avec légèreté sur l'encolure haute, affer- mie, sans raideur, dans l'axe du corps par le seul effet du bon équilibre des leviers. Tête, encolure, épaules, liées dans l'axe du corps bien équilibré et faisant de l'ensemble un tout souple et homogène, voilà l'effet de la flexion.
1. En pareil cas, la chambrière qui oblige le cheval à se porter en avant est une bonne préparation à l'action des jambes.
2. D'où le proverbe : 0 Tète lourde, encolure molle. » C'est comme si on tenait une canne à pêche par le petit bout.
74 DEUXIEME PARTIE.
J" De faire la légèreté par la décontractîon on flexion de la mâchoire.
Le corps une fois équilibré et lié dans toutes ses parties, la flexion de la mâchoire permet de régler d'ensemble, avec une extrême légèreté, tous les mou- vements d'arrière en avant et d'avant en arrière, en recevant sur la main l'impulsion de la masse que les jambes jettent sur le mors et que la main à son tour renvoie, pour une partie, aux jambes^.
La flexibilité d'avant en arrière du bras de levier coudé et articulé, constitué par l'encolure, la tête et la mâchoire, va progressivement croissant d'arrière en avant, c'est-à-dire des épaules à l'encolure, de l'enco- lure à la tête et de la tête à la mâchoire. En d'autres termes, on tient la canne à pêche par le gros bout.
Ainsi toute la force développée par le cheval vient aboutir à la main, dont le moindre effort sur les barres fléchit : 1° la mâchoire, — d'autant plus facilement que l'impulsion est plus grande; — 2° par la mâchoire, la tête^; 3° par la tête, l'encolure qui, en raison de sa
1. La main ne retient et ne renvoie au centre que la quan- tité d'impulsion nécessaire au maintien de l'équilibre. La plus grande partie est naturellement employée à gagner du terrain en avant.
2. La tête doit osciller de la position un peu au delà de la verticale jusqu'à la verticale, sans jamais être ramenée en deçà. La position que j'ai indiquée permet donc d'obtenir la moindre course de l'extrémité du bras de levier et d'arriver ainsi par l'effet le plus faible à l'action la plus grande.
MISE EN MAIN, FLEXION DIRECTE. 75
position, réagit avec son maximum d'efficacité sur les épaules. L'expression employée pour définir la si- tuation réciproque du cavalier et du cheval est des plus exactes. On a vraiment son cheval dans la main.
Il faut remarquer à ce propos que la position de la tête favorise singulièrement l'action des rênes. En effet, le mors, qui n'agirait guère que comme un second filet si la tête était basse, se pose franchement sur les barres et développe toute sa puissance dès que la tête se relève, à la condition, toutefois, qu'elle soit main- tenue un peu au delà de la verticale. Dès que l'axe de la tête arrive en deçà de la verticale, l'action du mors est faussée, puisqu'il agit alors de bas en haut. C'est l'encapuchonnement qui commence.
Telle est, pour moi, la flexion directe et tel est son but.
On voit que cette flexion, telle que je l'exécute, n'est pas faite au hasard et par simple routine. J'en ai, au contraire, décrit les raisons avec soin et Je me suis appliqué en toutes choses à justifier ma pratique.
Malheureusement, Baucher, qui a le premier mis les flexions en valeur, en en faisant la base de sa mé- thode, ne s'est pas complètement rendu compte de leur mécanisme.
Peu importait pour lui, parce que son merveil- leux tact équestre remédiait à tout. Là où la théorie était fausse, les mains et les jambes rectifiaient d'elles- mêmes, plus ou moins consciencieusement, l'erreur de la doctrine.
7(5 D E U X I E M E P A R T I E.
Seulement, Baucher ne pouvait pas mettre son tact dans ses livres, et il y a laissé ses doctrines bonnes et mauvaises. Je crois que c'est encore rendre hommage au grand écuyer que d'en faire la critique et de mon- trer là où il s'est trompé.
A mon sens, la flexion telle que l'a décrite Bau- cher, et telle surtout qu'on la pratique journellement*, a puissamment contribué à discréditer, auprès des hommes de cheval, cet exercice précieux que je consi- dère comme la condition première de toute bonne équitation.
Cette flexion vicieuse, si commune aujourd'hui, se fait au garrot au lieu de se faire à la nuque. Elle affaisse l'encolure, achève de mettre le cheval sur ses épaules, c'est-à-dire aggrave le défaut naturel du che- val, le prépare aux chutes par la tête basse, et à l'en- capuchonnement en ramenant la tête en deçà de la verticale.
Il faut reconnaître que cette faute vient de Bau- cher, qui, pendant la plus grande partie de sa carrière, a fait des flexions au garrot en affaissant l'encolure'.
Vers la fin de sa vie, il a reconnu ce défaut (voir sa dernière édition, 1874); mais il se bornait à relever
1. Hélas! les défauts des maîtres s'acquièrent plus facile- ment que leurs qualités.
2. Comparez planche III, fig. i , préparation à la flexion telle que je l'ai décrite avec la fig. 2, préparation à la flexion Baucher. — Gravure empruntée à son ouvrage.
Il est bon de noter que le cheval de la planche III, tel que Va fait dessiner Baucher, est arc-bouté sur les jambes de
MISE EN MAIN, FLEXION DIRECTE. 77
la tête du cheval et ne faisait pas la flexion dans la hauteur. Quoi qu'il fît et quelles que fussent ses erreurs, il demeurait un écuyer incomparable, tandis que ceux qui font des flexions vicieuses n'aboutissent aujourd'hui qu'à abîmer leurs chevaux ^
C'est ce qui explique comment tant de gens s'en vont répétant qu'ils ont fait faire des flexions à leur cheval sans qu'il en soit résulté aucune amélio- ration. Cela ne doit pas surprendre. D'après ce qu'on vient de voir, la flexion est chose si délicate, qu'un écuyer inhabile aboutira souvent à un résultat préjudiciable au cheval qu'il aura voulu améliorer. Si, au contraire, on se pénètre des principes et de la pra- tique exposés dans ce chapitre, on est assuré d'obtenir toujours de la flexion les résultats avantageux qu'on est en droit d'en attendre.
Pour bien faire comprendre le mécanisme de la flexion, j'ai été obligé de supposer le cheval arrêté. Mais je dois dire que, contrairement à ce qui se pra-
devant et que, par conséquent, le mouvement en avant est im- possible. Il ne peut rien se concevoir de plus mauvais.
Comparez ensuite planche IV, fig. 2,1a flexion correcte avec la mauvaise flexion (fig. i), qui est la plus fréquemment pra- tiquée.
I . Une fois dans cette voie, il n'y a pas de raison pour s'arrêter. Certains auteurs n'ont-ils pas imaginé d'affaisser systématique- ment l'encolure ! Il n'y a pas de meilleur moyen d'abîmer un clieval. Je reproduis plus loin (planche V), à titre de haute curiosité, deux figures publiées dans des ouvrages parus récem- mjnt, et montrant la leçon d'affaissement de l'encolure. Cela pourrait s'appeler l'art de préparer le couronnement.
78 DEUXIEME PARTIE.
tique partout, je fais commencer la flexion directe dans la marche en avant.
Pour cela , je me place à l'épaule du cheval que je stimule par un appel de langue, en même temps que je l'entraîne en avant par l'action prédominante du fileta
La flexion se fait d'ailleurs exactement comme il a été indiqué plus haut.
Lorsque j'ai obtenu un certain nombre de flexions de la mâchoire, je laisse le cheval marcher libre- ment près de moi pendant quelques instants. J'évite soigneusement de prolonger les flexions. En re- vanche, je les recommence très souvent.
Quand le cheval aura pris l'habitude de faire aisé- ment la flexion directe à la première indication des rênes, en décontractant la mâchoire, l'écuyer devra mo- difier sa méthode, pour rapprocher autant que possible l'animal des conditions du cheval monté. C'est un nouveau travail.
L'écuyer, toujours dans la même position, tient dans la main droite (le cheval étant à main gauche) les rênes du filet et du mors, à quinze centimètres environ de la mâchoire. La main gauche tient l'extrémité du filet et la cravache, dont la pointe est à la hauteur du flanc.
Dans ces conditions, au moment où la main droite exige la flexion directe, comme le filet n'est plus là
:. Voir planche VI, fig. i.
'I
^
I
%Yi %^^
Planclie V.
MISE EN MAIN, FLEXION DIRECTE. y^
pour porter le cheval en avant ^ainsi que cela se pra- tiquait précédemment), c'est la cravache qui doit rem- plir cet office^
Nous sommes alors placés dans les conditions mêmes de l'équitation. Ce n'est plus comme tout à l'heure l'avant-main qui entraîne l'arrière-main, c'est l'arrière-main qui s'engage et pousse l'avant-main sur la tête retenue par les rênes-, c'est-à-dire par la main de l'ecuyer.
C'est ainsi que le cheval arrive à marcher sans s'ap- puj'er sur le mors. Il est alors d'une légèreté parfaite. C'est cette même légèreté que l'on doit plus tard s'effor- cer d'obtenir quand on est monté. Le travail que nous venons d'exposer y prépare d'ailleurs admirablement la bouche du cheval, en même temps qu'il rend ha- bile la main de l'ecuyer.
Il n'est pas douteux que l'on obtient plus facilement la mobilisation de la mâchoire en restant en place. Mais, dans ce cas, on court le risque d'acculer le cheval, tandis qu'en marchant on évite cet inconvénient ou, pour mieux dire, ce danger ^
1. Voir planche VI, fig. 2.
2. On remarquera dans la planche la façon dont la main droite de l'ecuyer tient à la fois les rênes du filet et du mors. Les rênes du filet, entre le pouce et l'index fermés, tirent de bas en haut et maintiennent l'encolure haute. Les rênes du mors, qui passent, la rêne gauche entre le médius et l'annulaire, la rêne droite sous le petit doigt, se rapprochent un peu plus de l'horizontale et décontractent la mâchoire.
3. \^oir planche VI, fig. 2.
S: DEUXIEME PARTIE.
J'insiste sur ce point, car si le travail de mobilisa- tion de la mâchoire en marchant est incontestablement plus long et plus difficile, il pare à ce grand danger de Facculement, résultat presque toujours inévitable des premières flexions. Prenez donc votre temps et faites bien
Mais si je maintiens comme une règle de la plus haute importance que l'ensemble de ce travail doit être exécuté en marchant, je suis pourtant obligé de reconnaître que cela est impossible ou tout au moins extrêmement fatigant avec certains chevaux qui se jettent brusquement sur la main ou qui portent la tête trop bas. Quant à moi, je n'ai jamais trouvé ces dé- fauts poussés à un point tel que je n'aie pu obtenir la flexion directe et décontracter la mâchoire en marchant.
Si le travail est fait sur place, on devra veiller attenti- vement à empêcher le cheval de se jeter en arrière, ce qu'il faut éviter à tout prix. Si le cheval recule, si peu que ce soit, il faut immédiatement le porter en avant en ne conservant dans la main gauche que l'extrémité du filet pour toucher le flanc de la cravache ^ Si le cheval éloigne les pieds de derrière de ceux de devant, ou s'arc-boute sur les pieds de devant, c'est encore qu'il est acculé : portez-le immédiatement en avant.
D'ailleurs, il n'est pas nécessaire que le cheval recule pour qu'il soit acculé. L'acculement peut se
:. Voir planche VI, fig. 2.
r = t'\
i
k
4^. i^Pi
-*<
, . Jjs-'^"^ is
MISE EN MAIN, FLEXION DIRECTE, lii
produire alors même que le cheval n'a pas bougé les pieds. Si la ligne des fesses dépasse en arrière celle des jarrets, c'est que le cheval a rapporté le poids de sa masse sur l'arrière-main, et que, par conséquent, il est acculé. Agissez alors énergiquement sur le filet pour porter le corps en avant et le maintenir d'aplomb pen- dant la flexion, pour éviter le retour de l'acculement.
Après cette préparation, la flexion directe devient facile dans le travail monté, d'autant plus que l'action des jambes poussant le cheval sur la main est à la fois plus énergique et plus efficace, comme action d'en- semble, que la cravache.
La principale remarque à faire, c'est qu'on doit débuter par l'action des jambes, qui doit s'exercer progressivement, et jamais par l'action de la main. Dans le travail monté, comme dans le travail de la flexion à pied, il faut naturellement que la main fasse la concession au moment où le cheval cède, pour reprendre son action immédiatement après. Prendre et RENDRE à propos : toute la pratique des flexions est dans ces deux termes.
Il est bien entendu que les jambes resteront tou- jours près, tant pour amener la concession définitive de la mâchoire que pour éviter l'acculement. D'ail- leurs, il est bien entendu qu'on ne doit en aucun cas faire la flexion sur place dans le travail monté.
Cette pratique présenterait en effet les inconvénients les plus graves. Comme on ne peut obtenir la décon- traction de la mâchoire que par les petites attaques de
6
82 DEUXIEME PARTIE.
l'éperon, le cheval prend l'habitude de rester en place sur l'éperon ; on ne peut plus le porter en avant, on n'a plus d'action contre l'acculement, et la rétivité s'en- suit ^. Ce résultat est d'autant plus certain que le che- yal n'ose plus se porter en avant sur la main, en rai- son de la prédominance de la main sur les jambes toutes les fois qu'il veut avancer.
Du reste, c'est par le travail dans l'impulsion que mon équitation se différencie . profondément de celle de Baucher.
Ma première leçon a été la marche en avant.
Dans son Dictionnaire raisonné d' équitation ( 1 833), page 112, Baucher écrit : « Pendant les premières leçons, la demi-heure entière se passera au travail en place, moins les cinq dernières minutes, durant les- quelles on l'exercera au reculer. »
Vingt-cinq minutes de travail sur place et cinq mi- nutes de reculer, c'est, à mon avis, le plus déplorable emploi du temps de la leçon. Pour une demi-heure de leçon, je propose trente minutes de travail en avant. Pas de travail sur place, pas de reculer.
On verra par la suite que cette différence de mé- thode se retrouve dans tout le travail.
Naturellement, dans le travail monté, la flexion de Baucher reste aussi incorrecte que dans son travail à pied.
I. Baucher avait le tort de pratiquer la flexion sur place dans le travail monté. Il procédait naturellement par les petites attaques de l'éperon. Son tact seul le sauvait de la rétivité.
à
axlt, on
impuh
31^^ l^^-., -,
PlaRche VII
CHEVAL DOCILE AUMONTOIR. 8j
La figure 2 de la planche VII, qui est empruntée sans aucun changement à son ouvrage, permet d'en juger par la comparaison avec la figure i représen- tant la flexion correcte.
La figure de la planche VIII, extraite d'un récent ouvrage, montre comment on est arrivé à exagérer tous les défauts de la mauvaise flexion de Baucher. Tête basse, loin du centre de gravité, en deçà de la verticale, cheval sur les épaules, prêt à l'encapuchon- nement, mâchoire contractée, action du mors s'exer- çant de haut en bas et par conséquent faussée.
Rien ne manque au tableau !
Pour savoir ce qu'on doit rechercher dans la flexion directe, il suffit d'obtenir précisément le con- traire de toutes ces conditions.
IV
Moyen de rendre un cheval docile au montoir.
Pour rendre un cheval docile au montoir, il faut s'y prendre de manière à pouvoir combattre facilement tous les mouvements qu'il peut faire pour gêner le cavalier ou l'empêcher de se mettre en selle.
Examinons donc quels moyens il peut employer et plaçons-nous de telle sorte que nous puissions déjouer
8+ DEUXIEME PARTIE.
ses défenses instinctives ou résultant de mauvaises liabitudes.
Le cheval méchant ou rétif se cabre, rue ou frappe, soit du pied gauche de devant, soit du pied gauche de derrière. Avec lui, il vaut mieux garder la longe et la chambrière, et faire semblant de mettre le pied à l'étrier en se tenant près de l'épaule gauche. S'il se met debout, la chambrière envoie la mèche avec vi- gueur sur les fesses. Comme il est tenu par la longe, on peut rester à la distance nécessaire pour éviter toute atteinte. Recommencez autant de fois qu'il se cabrera et jusqu'à ce qu'il ait cédé. S'il recule, mêmes moyens; s'il rue, relevez-lui la tête en le grondant d'une voix forte ; s'il frappe, corrigez avec la cham- brière la jambe qui frappe.
En outre des chevaux qui se livrent à ces défenses, il en est qui sont simplement peureux, nerveux, in- quiets, chatouilleux ou irascibles, et qui, tout en ne se défendant pas réellement, ne restent néanmoins pas tranquilles comme il convient.
Que peuvent-ils faire? Quatre mouvements seule- ment : avancer, reculer, se jeter à droite ou à gauche.
C'est contre ces mouvements possibles qu'il faut être prémuni quand on monte à cheval, et voici com- ment il faut s'y prendre :
Je prends la rêne gauche du filet dans ma main gauche, et de la même main je saisis une poignée de crins vers le milieu de l'encolure, de telle sorte que la rêne que je tiens soit légèrement tendue. Ma main
..■ipa^^iï
fi
i
%P M -:
CHEVAL DOCILE AU MONTOIR. 8$
droite, dans laquelle se trouve ma cravache, passant par-dessus l'encolure, saisit la rêne droite du filet, la tenant assez longue pour qu'elle ne soit que le'gèrement tendue, tandis que de cette même main Je saisis le pommeau de la selle*.
Je fais face à l'épaule gauche. Si le cheval recule, un coup de cravache sur la croupe le reporte en avant, et cela vingt, trente fois si c'est nécessaire, jusqu'à ce qu'il cède. S'il avance. Je tends les rênes et le remets en place. S'il se Jette à gauche, je tire sa tête de ce même côté, ce qui a pour conséquence de re- jeter ses hanches à droite. De même, s'il se Jette à droite. Je tire sa tête à droite pour porter ses hanches à gauche.
Chacune de ses défenses se produit, soit au mo- ment où le cavalier met le pied à l'étrier, soit quand l'étrier est chaussé, soit enfin quand le cavalier s'est enlevé sur le genou gauche tendu, et avant qu'il n'ait passé la jambe droite de l'autre côté. Il ne faut passer au second ou au troisième de ces mouvements que lorsqu'on a obtenu l'immobilité complète du cheval dans le mouvement précédent. On ne doit se mettre en selle que lorsque le cheval reste immobile, aussi longtemps que le cavalier se tient sur le genou gauche tendu. Il arrive souvent que c'est à cet instant que le cheval essaye l'une des défenses précitées. Si la dé- fense est légère, on y remédie par l'action des rênes
I. Voir planche IX.
8(5 DEUXIEME PARTIE.
sans changer de position. Si la défense est trop ac- centuée, on met pied à terre et on corrige par la cra- vache.
Notons enfin qu'une fois en selle, le cavalier se trouve avoir une rêne de filet dans chaque main, et CCS rênes sont juste assez tendues pour qu'il puisse, par un léger mouvement, réprimer immédiatement tout désordre.
Je dois reconnaître que ma méthode pour se mettre en selle est contraire aux principes qui sont généralement enseignés. Partout, en effet, on en- seigne que, pour monter à cheval, il faut prendre de la main gauche les deux rênes du filet et une poignée de crins au bas de l'encolure, mettre la main droite sur le troussequin de la selle; s'enlever sur l'étrier, et, lorsque la jambe gauche est tendue, porter vivement la main droite du troussequin au pommeau de la selle, en passant la jambe droite par-dessus le cheval, puis s'asseoir.
Or, dans ce système, le cavalier est sans défense contre tout mouvement que peut faire le cheval. De plus, au moment où la main droite passe du trousse- quin au pommeau, l'équilibre du cavalier est aussi instable qu'il se peut, en sorte qu'il sera rompu par la cause la plus légère. Enfin, précisément en raison de ce manque d'équilibre, le cavalier tombe sur sa selle plutôt qu'il ne s'y assoit, et il peut y tomber malheu- reusement, c'est-à-dire sur le pommeau, si le cheval fait un seul pas en arrière.
l!
ai
m
I
c P
fai
X
Ç£
Cl-
CHEVAL DOCILE AU MONTOIR. 87-
Avec la méthode que je conseille, le cavalier est en mesure d'éviter tout accident, de réprimer tout désordre et même tout mouvement du cheval, puis- qu'il tient une rêne de filet dans chaque main.
Quand je travaille un cheval à la longe, j'ai soin, avant de le mettre au trot, de toujours faire sangler la selle assez fortement. En trottant, il se dégonfle et, étant moins serré, il n'est plus gêné quand je le monte.
J'ai été tout naturellement amené à faire une appli- cation constante de cette très simple observation, lors- qu'il m'arrivait de monter pour la première fois un cheval difficile.
Les hommes d'écurie ont l'habitude de sangler for- tement leurs chevaux, et ce serait bien mal connaître les petites faiblesses du cœur humain que de croire qu'ils vont renoncer à cette habitude précisément le jour où je vais tenter de réussir là où ils ont échoué. Ils sanglent donc ce jour-là avec plus de vigueur que jamais.
Ils savent que plus un cheval est serré, plus il bondit-, il est donc certain pour eux qu'ils auront tout à l'heure l'innocent plaisir de me voir passer par- dessus les oreilles de l'animal.
Néanmoins, je les encourage à sangler plus fort : Serrez, serrez encore !
C'est fait !
Je prends alors mon cheval par la bride; je le pro- mène quelques minutes, puis, au moment de mettre le pied àl'étrier, je lâche les sangles d'un ou deux points.
83 DEUXIEME PARTIE.
et me voilà en selle, tandis que la bête exhale un grand soupir de soulagement qui l'empêche momen- tanément de songer à se défendre.
Je ne laisse jamais tenir mes chevaux au montoir. Tous les chevaux deviennent sages si on ne les tient pas. Il suffit de monter et de descendre plusieurs fois de suite, en caressant le cheval, pour qu'il prenne confiance. On doit se mettre en selle le plus douce- ment et le plus légèrement possible. Éviter surtout de brusquer le cheval au départ, car, s'il s'attend à une brusquerie, jamais il ne restera sage au montoir.
Au cheval monté pour la première fois je ne demande rien. Pourvu qu'il marche droit devant lui, je suis content ; j'ai mes rênes séparées, mais je ne me sers que du filet et jamais de l'éperon les premières fois.
Je fais quelques tours de manège à droite et à gauche, laissant le cheval aussi libre que possible si, bien entendu, il ne se défend pas; mais il est très rare qu'il se défende quand on ne lui demande presque rien.
S'il porte la tête trop basse, je cherche à la lui relever par de petits coups de filet presque impercep- tibles, de bas en haut, et non d'avajit en arriérée; s'il porte au vent, je fais sentir les rênes du mors très légèrement, et de façon à ne pas arrêter le mouvement en avant; s'il s'arrête sous l'action du mors, je rends tout et j'appuie les jambes en arrière des sangles. Les jambes, dans ce cas, produisent l'effet réalisé par la cravache dans le travail à pied. J'insiste jusqu'à ce que
CHEVAL DOCILE AU M ONTOIR. 89
j'aie obtenu le mouvement en avant qui est le but principal et auquel il faut arriver à tout prix.
Le mouvement en avant obtenu, je le prolonge, comme je viens de le dire, pendant quelques tours de manège en cherchant toujours la bonne position de la tête, mais très légèrement, et toujours de façon à ne pas arrêter l'animal. Si j'obtiens seulement un peu de jeu dans la bouche, je descends et fais faire quelques flexions à pied jusqu'à obéissance; puis je donne quelques carottes* à mon cheval et je le fais rentrer à l'écurie.
Dans cette leçon montée, je n'ai demandé qu'une chose au cheval : se porter en avant en faisant jouer légèrement la mâchoire. Il faut, du reste, d'une façon générale, éviter de lui demander plusieurs choses à la fois, car alors il les confond souvent, et on peut prendre pour une défense ce qui n'est qu'un manque de compréhension.
I, Les carottes doivent toujours être coupées en long, ja- mais en rond; car elles prennent alors la forme du gosier et peuvent quelquefois s'y arrêter. J'ai vu un jour un cheval être presque asphyxié pouravoir avalé des carottes coupées en rond.
J'évite aussi de donner du sucre, car, si le cheval est bridé, en jouant avec son mors, il produit une bave mousseuse dont il vous éclabousse : c'est du reste le moindre inconvénient. Ce qui est plus grave, c'est que, si vous donnez du sucre à l'écurie, vous prédisposez le cheval à tiquer. Il commence par lécher sa mangeoire, puis, comme il y trouve une saveur agréable, il finit par la mordre avec persistance, et souvent cela dégénère en tic.
ça DEUXIEME PARTIE.
V Tenue des rênes.
Il y a trois manières admises de tenir les rênes : à Vanglaise, à Vallemande et à la française. Je n'hésite pas à dire qu'il n'y en a qu'une bonne : la tenue à Isi française.
Le filet étant placé dans la bouche, plus haut que le mors, son action principale est de relever la tête ■ du cheval; tandis que le mors a pour principale action de l'abaisser. En d'autres termes, le filet est un releveur et le mors un abaisseur. Toutes les écoles sont d'accord sur ces points essentiels. Il semble donc et il est certain que les rênes du filet et les rênes du mors doivent être tenues dans la main d'une façon analogue à la place que le filet et le mors occupent eux-mêmes dans la bouche, c'est-à-dire les premières au-dessus des secondes.
Contrairement à ce principe si simple, les Anglais placent les rênes du filet et les rênes du mors à la même hauteur dans la main^ Les Allemands s'éloi- gnent davantage encore du principe, puisqu'ils tien-
I. La main, dans la pronation, tient une rêne entre chaque doigt.
l
s
mors nccnrent
ncipe si simple les rênes du n
E-
|
^ |
ce; |
|
m |
p |
|
-Tli |
|
|
LH |
|
|
C t. |
|
|
o o |
|
|
n3 '^ |
|
|
pu |
|
|
-CD -tJ |
|
|
ryo Oj |
TENUE DES RÊNES. pj
nent les rênes du filet en dessous des rênes du mors^ Nous ne pouvons pas dire que ces deux manières sont mauvaises au même degré : il ressort évidem- ment de ces courtes explications que les Allemands sont encore plus loin du simple bon sens que les Anglais.
La raison veut que les rênes soient tenues à la française- : la main est verticale; la rêne gauche du mors passe sous le petit doigt de la main gauche, la rêne droite entre l'annulaire et le médius, et elles ressortent entre le pouce et l'index. Les deux rênes du filet sont jointes dans la même main et prises entre le pouce et l'index (pi. X, fig. i). On peut, avec les rênes ainsi tenues, obtenir, par de simples mouvements du poignet, sans déplacer la main, les mouvements indis- pensables pour bien agir sur la bouche. (Je parle naturellement du cheval dressé.)
1° La main placée d'aplomb fait une tension égale des quatre rênes (pi. X, fig. i).
2° Effet du mors, le petit doigt rapproché du corps (pi. XI, fig. I). ^
3" Effet du filet, le pouce rapproché du corps
(pi. XI, fig. 2).
4° Effet de la rêne droite du mors, les ongles en dessous (pi. XI, fig. 3).
1. La main est dans la verticale, les rênes du filet en des- sous.
2. N'est-il pas e'trange que dans l'armée française on pres- crive la tenue des rênes aïallemande, le filet en dessous?
92 DEUXI EME PARTIE.
5" Effet de la rêne gauche du mors, les ongles en dessus (pi. XI, fig. 4).
Ainsi, il suffit d'un simple mouvement de bascule du poignet d'arrière en avant (pi. XI, fig. 1) et d'avant en arrière (pi. XI, fig. 2), ainsi que d'un mouvement de rotation de gauche à droite — pvouation — (pi. XI, fig. 3) et de droite à gauche — supination — (pi. XI, fig. 4), pour produire tous les effets nécessaires sur la bouche du cheval.
Les rênes ainsi tenues ont entre elles le plus grand écartement possible, étant donné qu'elles doivent être dans la même main. L'effet obtenu est presque le même que si, les rênes du mors étant tenues dans la main gauche, les rênes du filet se trouvaient dans la main droite placée un peu plus haut.
Si, du reste, on veut employer les deux mains, rien n'est plus simple, puisque la main droite peut prendre ou remettre le filet à sa place dans la main gauche, sans déranger et sans toucher même les rênes du mors (pi. X, fig. 2).
Enfin, si on veut avoir les quatre rênes séparées, c'est-à-dire celles de gauche, mors et filet, dans la main gauche, et celles de droite, mors et filet, dans la main droite, — ce qui est nécessaire dans bien des cas, — on n'a qu'à prendre les rênes de droite dans la position oij elles se trouvent en plaçant la main droite entre les rênes du mors et celles du filet, de telle sorte que la rêne droite du mors se trouvera sous le petit doigt de la main droite, et la rêne droite du filet entre
v'j t-^t, ,i,i.,- ■*i.'^' '^f a: ■!.« •'•
^ ;î^; i. .
\M
i
bascule d'avant
icn aes cas,
I
|
s |
CD |
|
|
eu 1—1 |
-XJ |
|
|
o |
CD |
|
|
CO |
-iJ |
|
|
* |
CO |
en |
|
-1-H |
p^ |
;3 |
|
o |
o |
|
|
^ |
en |
|
|
;b |
CD |
|
|
-d |
--a |
|
|
<U |
a |
|
|
j-> |
CD |
|
|
O |
tn |
|
|
a: |
||
|
■-a |
CD |
|
|
<u |
a |
|
|
c: |
CD |
pc:
DJ
|
Q-, |
|
|
en |
t- |
|
c-, |
O |
|
o |
C-> |
|
^ |
P3 |
|
rrl |
|
|
-1 |
|
|
-^ |
tn |
|
Q-1 |
o "a |
|
■^ |
|
|
eu |
Q-,
TENUE DES RENES. pj
le pouce et l'index de la même main, soit exactement dans la même position que les rênes qui restent dans la main gauche ^ On conserve ainsi dans les deux mains, entre le mors et le filet, le même écart déter- miné par le petit doigt et le pouce.
Enfin il suffit du mouvement inverse pour remettre les quatre rênes dans la main gauche en même posi- tion que précédemment.
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on ne rassemble les quatre rênes et que par conséquent on ne tend à rapprocher et parfois même à confondre leurs effets que lorsque le dressage de l'animal est suffisamment avancé. Quand on a affaire à un cheval neuf ou insuffi- samment dressé, comme on est appelé à avoir besoin très rapidement d'effets très nets et surtout décisifs, on a bien soin de séparer les rênes.
I. Voir planche X, figures 3, 4, 5. La figure 3 montre la main droite s'introduisant entre la rêne droite du mors et la rêne droite du filet. La figure 4 montre la main droite se re- fermant sur les deux rênes droites, mors et filet. La figure 5 montre les rênes séparées.
f)4 DEUXIEME PARTIE.
VI
Manière d'apprendre
au cheval à céder aux jambes et à l'éperon
au moyen de la cravache.
Je commence invariablement ma leçon en faisant répéter les exercices exécutés dans les séances précé- dentes, mais tous les Jours je l'augmente d'une petite demande nouvelle.
Dès que le cheval marche franchement en tous sens avec un peu de jeu dans la mâchoire, je dois lui enseigner l'obéissance à la jambe, puis à l'épe- ron. Ce travail doit se faire à pied et au moyen de la cravache.
Placé en face de mon cheval, je prends le filet de la main gauche% toutprèsde la bouche, pour lui tenir la tête haute. Avec la cravache que je tiens de la main droite, je touche très doucement, près des sangles, à l'endroit du tlanc gauche où l'éperon doit agir, et en même temps je porte la tête à gauche-. Aussitôt le cheval doit porter ses hanches de gauche à droite.
I. La boucle du filet doit en outre rester dans la main gauche pendant tout le travail à pied.
2. C'est ce qu'on appelle effets latéraux, parce que les deux effets, l'un sur l'avant-main et l'autre sur l'arrière-main, se
EMPLOI DE L'EPERON ET DE LA CRAVACHE. 9$
S'il fait un ou deux pas dans ce sens, il a obéi; je m'arrête et je le caresse. Si, au contraire, il frappe ou rue contre la cravache, il faut le gronder d'une voix forte et lui porter la tête très haute, ce qui l'oblige à baisser la croupe.
Il importe au plus haut point que la caresse suive LMMÉDiATEMENT la coucession. Dc même pour la cor- rection après la faute.
La caresse doit suivre la concession d'aussi près QUE LA CORRECTION LA FAUTE, voilà le principe fonda- mental du dressage.
S'il se jette sur la cravache, c'est-à-dire à gauche, — ce qui est le mouvement naturel des chevaux chatouil- leux, — il faut porter énergiquement la tête à gauche pour rejeter les hanches à droite ; mais ne pas corri- ger l'animal, car il ne comprend pas encore et, ainsi que nous l'avons déjà dit, son mouvement est in- stinctif. Quand on lui a fait exécuter plusieurs fois ce travail, qui ne lui coûte ni fatigue ni efforts, il cède fa- cilement et l'exécute des deux côtés. Je recommande à l'écuyer de se contenter de deux ou trois pas. Il s'ar- rêtera et caressera le cheval chaque fois qu'il aura obéi. Il recommencera très souvent le travail.
Quand le cheval cède facilement des deux côtés à
produisent du même côté. Dans Véquitation diagonale, qui est l'équitation rationnelle, conséquence du dressage, l'effet sur l'avant-main est toujours du côté opposé à l'effet sur l'arrière- main. C'est la seule manière d'assurer les mouvements d'en- semble.
ç6 DEUXIÈME PARTIE.
la cravache, il ne faut plus lui tourner la tête du côté opposé à celui vers lequel il doit porter ses hanches. Il faut la lui tenir très droite, pour qu'il obéisse à la seule indication de la cravache.
Ce travail à la cravache prépare le cheval à sup- porter et à comprendre l'effet de la Jambe et de l'épe- ron. En même temps il permet de bien placer la tête et constitue un exercice d'assouplissement bon en lui- même et indispensable avant d'en arriver aux flexions latérales^ dont nous nous occuperons tout à l'heure.
VII
Cheval monté. — Premières défenses. — Moyens de les combattre.
J'ai supposé, dans le chapitre précédent, que le cheval consent à se porter en avant dès que je suis en selle et que je le lui demande. Mais cela n'arrive pas toujours. Il est donc nécessaire d'être prémuni contre les résistances possibles et même probables.
I. Baucher faisait les flexions latérales avant d'apprendre au cheval à céder des hanches à la cravache. Cette manière de faire présente un très grave inconvénient. Quand on commence les flexions latérales, le mouvement instinctif du cheval est de porter les hanches du côté opposé à celui où on fléchit l'enco- lure. Si Ton n'a pas enseigné l'obéissance à la cravache, com- ment redressera-t-on les hanches?
PREMIERES DEFENSES. 97
C'est ainsi qu'il faut constamment avoir les jambes très près, pour éviter d'être surpris par un mouve- ment violent, et surtout porter le corps bien en arrière, de façon à faire reposer tout son poids sur les fesses.
Placé dans cette position et se tenant sur ses gardes, on est prêt à tout événement.
Si le cheval cherche à bondir, c'est-à-dire à s'enle- ver des quatre membres, il faut le pousser en avant avec les jambes en lui tenant la tête haute.
Le bond n'est jamais très déplaçant lorsqu'il se produit en avant, la tête haute K Mais, au contraire, le cavalier est fac* ement désarçonné quand le cheval bondit sur place en mettant la tête entre ses jambes et en arrondissant le dos ; c'est ce qu'on appelle le saut de mouton. Dans ce cas, comme il est impossible au cavalier de porter le cheval en avant, il faut l'obliger à tourner, soit à droite, soit à gauche, au moyen du filet.
Chaque fois qu'il cherche à s'arrêter en baissant la tête, il faut le faire tourner de nouveau ; mais il n'est pas utile d'insister pour qu'il tourne plutôt d'un côté que de l'autre.
Tous les chevaux ont un côté facile et un côté dif- ficile. Dans les débuts, si le cheval résiste lorsqu'on
I. En revanche, le bond sur place est ce qu'il y a de plus déplaçant. Si on n'arrive pas à pousser le cheval en avant et que le bond sur place continue, il n'y a pas de cavalier qui tienne.
98 DEUXIEME PARTIE.
cherche à le faire tourner à droite, il faut essayer de l'obliger à tourner à gauche, et c'est tout ce que vous devez lui demander. L'essentiel est de l'empêcher de bondir sur place, ses bonds n'ayant pour but que de se débarrasser du cavalier.
Plus tard, quand le cheval sera plus avancé dans son dressage, ce serait évidemment une faute de le laisser tourner à droite si vous voulez qu'il tourne à gauche ^ mais ici il ne faut voir que la défense, et je considère que l'on a fait un grand pas quand on a prouvé au cheval qu'il ne peut vous faire descendre de son dos. S'il y réussit une première fois, vous pou- vez être certain qu'il se servira à chaque instant de la même défense.
Le danger d'exiger au début que le cheval tourne de tel côté qu'il vous plaît réside dans ce fait que vous vous exposez à provoquer une seconde défense qui viendra s'ajouter à la première. En effet, quand vous voulez faire tourner le cheval à gauche, par exemple, vous êtes obhgé de tirer fortement sur la rêne gauche, et vous pouvez ainsi, en rejetant trop le cheval sur l'arrière-main, provoquer la pointe ou la cabrade ^
I. On peut arriver à prévenir la cabrade ou la pointe par l'attaque vigoureuse des éperons. Mais il faut pour cela saisir avec précision le moment fugitif où le cheval se retient et va se ramasser pour se porter sur l'arrière-main. A ce moment les éperons, s'ils sont énergiques, le poussent en avant, dans le désordre sans doute, mais qu'importe, puisqu'on a empêche l'arrière-main de se fixer au sol.
Si on laisse passer le moment que je viens d'indiquer,
PREMIERES DEFENSES. çç
La pointe ou lançade est un saut en avant dans lequel l'avant-main se trouve placé beaucoup plus haut que la croupe. Elle n'est pas dangereuse parce qu'elle est peu déplaçante, comme tous les mouve- ments en avants Les mouvements des reins et de la croupe, par contre, déplacent beaucoup. Il y a cabrade quand le cheval garde les pieds de derrière fixés au sol et se dresse debout. Cette défense, qui peut entraî- ner la chute du cheval, est des plus dangereuses.
Dans ma jeunesse, quand un cheval se cabrait, j'en- tourais son encolure de mes deux bras en portant ma tête à droite-, celle du cheval se trouvait par conséquent contre mon épaule gauche. J'ai reconnu depuis l'in- convénient de cette position. D'abord, vous êtes trop en avant sur son encolure quand il retombe, de l'avant-main, sur le sol. Et comme, de plus, vous avez été obligé de rendre la main ou plus exactement d'al- longer les rênes, le cheval est à peu près livré à lui- même et il peut à son gré, soit vous faire passer par- dessus ses oreilles, en détachant une forte ruade, soit encore vous donner un coup de tête dans la figure ou dans la poitrine, s'il relève la tête trop brusquement.
l'attaque est dangereuse parce qu'elle fait exagérer la cabrade ou la pointe.
I. Dans la pointe, le corps du cavalier doit se porter en avant, les jambes demeurant prés, les mains basses rendant les rênes. (Voir planche XXXII.) Si les rênes, dans cette photo- gravure, sont légèrement tendues à irozfe, c'estque je cherchais le galop à droite sur trois jambes. On remarquera que la rêne du filet est complètement lâche à gauche.
loo DEUXIEME PARTIE.
Voici, d'après une très grande pratique, le meilleur moyen d'éviter les accidents qui peuvent résulter de la cabrade. Séparez les rênes et prenez à pleine main une poignée de crins, de la main gauche % vers le milieu de l'encolure. Le cheval se mettant debout, flé- chissez fortement le bras gauche tout en portant le corps en avant; lorsqu'il retombe à terre de l'avant- main, tendez au contraire ce bras vigoureusement en vous redressant. Nouvelle cabrade; nouvelle flexion du bras, le corps en avant. Nouvelle retombée, nou- velle tension du bras, le corps en arrière. Et ainsi de suite jusqu'à ce que le cheval cesse de se cabrer. Du moment où on ne cherche pas à porter le cheval en avant on peut, par ce procédé, supporter indéfiniment la cabrade sans aucune difficulté. Si le cheval lance une ruade, votre bras raidi vous sert d'arc-boutant, et s'il fait un violent tête-à-queue, vous avez un point d'ap- pui qui vous maintient en selle et vous évite de vous attacher aux rênes, cause générale des accidents.
Telle est, je crois, la meilleure position pour tenir en selle pendant les cabrades, ou plutôt la moins mauvaise, car la position du cavalier n'est jamais bonne en pareil cas.
J'ai d'ailleurs été sous ce rapport particulièrement favorisé : j'ai monté un très grand nombre de ca- breurs, et jamais aucun d'eux ne s'est renversé.
Au surplus, je dois dire que je ne crois pas aux
I. On doit toujours séparer les rênes dans la défense.
PREMIÈRES DÉFENSES. loi
chevaux qui se renversent volontairement. A mon sens, ils perdent simplement l'équilibre.
Voici généralement ce qui se passe : le cheval, en se mettant debout brusquement, jette le corps du cavalier en arrière ; il suffit de ce déplacement pour renverser l'animal.
Le cheval debout est comparable à l'aiguille d'une balance en équilibre, et le moindre mouvement du corps du cavalier, soit en avant, soit en arrière, entraîne forcément le cheval dans un sens ou dans l'autre.
Aussi faut-il qu'il retombe en avant lorsque le cava- lier, se penchant sur l'encolure, pèse de tout son poids sur ses épaules.
J'ai dit que Je ne crois pas aux chevaux qui se renversent volontairement. J'entends que le cheval ne se renverse pas de parti pris, et n'use pas de ce moyen comme défense : l'instinct seul de la conservation suffit pour l'en empêcher. Mais je reconnais que les chevaux immobiles ou pris de vertige se renversent très bien d'eux-mêmes, comme aussi parfois ils se jettent la tête contre le mur.
Nous n'avons pas à nous en occuper ici : ces ani- maux, atteints d'une maladie qui correspond à la folie chez l'homme, sont impropres à tout service.
J'ai cependant dressé et vu dresser, par d'autres écuyers, des chevaux soi-disant pris de vertigo. Mais ce n'étaient que des animaux violents, prompts à la colère, dont le sang, à la moindre défense, injectait l'œil : en somme, ils n'avaient que l'apparence du
102 DEUXIÈME PARTIE.
vertige. De ceux-là on vient à bout à la condition d'avoir toutes les qualités de récu3'er et du bon cava- lier, entre autres celle qui les complète toutes : de n'être pas poltron.
Quelques chevaux atteints seulement d'un certain degré dCimmobilité peuvent aussi être dressés.
Gaulois, superbe cheval hanovrien, était réputé immobile; j'en ai fait un excellent cheval d'école que j'ai monté pendant plusieurs années. Il est vrai que Gaulois, comme beaucoup de chevaux réputés immo- biles, n'avait de l'immobilité que dans la défense.
Une des choses qui me surprend le plus, c'est que, de tous les auteurs qui ont écrit sur l'équitation, bien peu ont parlé des luttes que l'on a toujours plus ou moins à soutenir avec les chevaux. A entendre beau- coup d'entre eux, l'écuyer serait sur un lit de roses, et pour peu qu'il applique leur méthode, l'obéissance du cheval est certaine.
Pourquoi ce silence ? Craignent-ils d'effra3^er le lec- teur, ou voudraient-ils faire croire que l'on n'a pas de luttes? Je l'ignore; mais, en tout cas, il me semble pré- férable de dire toute la vérité et de prévoir les éventua- lités qui peuvent se produire pendant le dressage, de telle sorte qu'on ne soit pas surpris quand l'animal ne se soumet pas immédiatement à toutes les exigences.
J'ai vu travailler un grand nombre de bons écuyers; tous avaient des luttes à soutenir, Baucher plus que les autres, parce qu'il exigeait davantage.
Le véritable talent de l'écuyer consiste précisément
PREMIÈRES DÉFENSES. loj
à arriver, par les assouplissements et par une méthode rationnelle, à se rendre maître de son cheval, même et surtout dans la lutte; car, il ne faut pas l'oublier, le cheval lutte toujours, plus ou moins ouvertement, contre son cavalier, tant que son éducation n'est pas complète.
Mais on n'arrive pas à ce résultat sans avoir passé par des luttes plus ou moins violentes. Ceux qui n'ont pas l'expérience de ces conflits, de l'issue desquels dé- pend la soumission du cheval et par conséquent l'avenir du dressage, commencent par provoquer la défense, puis n'osent plus continuer l'attaque. Le che- val, dans ce cas, a bien vite fait de comprendre qu'il est le maître. Il renouvellera, toutes les fois qu'il lui plaira, la défense qui lui a si bien servi et grâce à laquelle il est sûr d'avoir le dernier mot. Le dressage est irrémédiablement compromis.
Ma pratique est tout autre. Aussitôt que le che- val entre en défense, j'attaque vigoureusement, mais rationnellement ^ Il ne s'agit pas de chatouiller de l'éperon, ce serait perpétuer, aggraver la défense. L'attaque, au contraire, doit être à ce moment plutôt brutale, pour faire sentir immédiatement à l'animal que son énergie doit céder à une énergie supérieure. Il faut bien le dire, la difficulté, c'est d'avoir le courage d'attaquer avec vigueur. Très peu de gens s'y résolvent,
I. Quand vous attaquez dans la défense, portez le corps en arrière et baissez les mains. Élever les mains, c'est-à-dire élever le centre de gravité, c'est amener la chute certaine.
ID4 DEUXIEME PARTIE.
et pourtant c'est là seulement qu'est la sécurité, car le cheval, étonné de la brutalité de l'attaque, se sou- mettrait, tandis que, légèrement chatouillé par l'épe- ron, il augmentera sa défense et aura vite raison du cavalier.
Il est bien clair que, pour être vigoureuse, l'attaque n'en doit pas moins être rationnelle autant que pos- sible, c'est-à-dire faite de façon à contrarier la défense en y répondant par des oppositions ^ Mais, je le ré- pète, ce qui importe par-dessus tout, c'est la vigueur, c'est l'énergie supérieure du cavalier. Quant à moi, une fois dans la lutte, il m'importe peu de faire de l'équitation latérale ou diagonale, il m'importe peu d'augmenter le désordre; mon grand point, c'est qu'il faut que je sois le maître et que le cheval sente bien que toute défense est superflue. Pour arriver à ce résultat capital, quand un cheval se borne à indiquer, à esquisser une défense, je n'hésite pas à jeter le dés- ordre, à provoquer la défense complète pour en avoir raison. C'est là le vrai secret du dressage pour obtenir la soumission absolue du cheval. Tant qu'un cheval ne s'est pas défendu, son dressage n'est pas définitif, car il y a des luttes en perspective. Tant qu'un écuyer hésite à provoquer des luttes qu'il sent prochaines,
I. Faire une opposition, c'est déterminer une action con- traire à celle que veut faire le cheval. On y arrive simplement en combinant les aides de manière à oppose?- Tavant-main à l'arrière-main ou l'arrière-main à l'avant-main, c'est-à-dire à porter l'un d'un côté pour jeter l'autre à l'opposé.
LE PAS. los
qu'il sait inévitables, il n'y a pas de dressage complet. Il faut dire d'ailleurs d'une façon générale que le tact de récu3^er doit consister, dans tout le cours du dressage, à sentir les défenses qui se préparent, à les prévoir et à y parer avant qu'elles ne se produisent.
VIII Le pas.
Il est de toute nécessité que le cheval ait un bon pas allongé, régulier et franc. On ne l'obtient qu'en laissant une grande liberté à la tête et à l'encolure. Si le cheval est paresseux ou mou, il faut le pousser en serrant les jambes; s'il est chaud, impatient ou inquiet, il faut le caresser et le rassurer de la voix.
Arrêtez immédiatement tout trottinement; il ne doit y avoir aucune confusion entre le pas et le petit trot : les deux allures sont absolument distinctes. Le trottinement, qui est assez fréquent, est très difficile à corriger lorsqu'il est devenu une habitude. Il détruit le pas allongé, et rien n'est plus énervant et fatigant pour le cavaHer.
Lorsque le cheval est mis dans la main, au pas, son allure devient forcément plus courte. L'encolure s'élevant et la position de la tête se rapprochant de la verticale, il s'allonge moins et s'élève davantage. II
io6 DEUXIÈME PARTIE.
en est de même au trot et au galop. Le cheval rassemblé est plus beau, mais il embrasse moins de terrain.
IX Arrêt et stationnement.
Il faut absolument pouvoir arrêter son cheval quand on veut. En général, l'arrêt doit s'effectuer pro- gressivement et non brusquement. Mais il peut se produire, il se produit même souvent des cas où l'arrêt subit est indispensable quelle que soit l'allure.
Le moyen est toujours le même : élever le filet en tirant en arrière également des deux rênes, pour re- porter le poids sur l'arrière-main; en même temps, exercer une pression des deux jambes pour amener les jarrets sous le centre; enfin, recevoir le cheval sur le mors.
Je ne peux pas dire que ces trois mouvements doivent être absolument simultanés. Ils sont assu- rément successifs, mais tellement rapprochés l'un de l'autre que le temps qui les sépare est impercep- tible. Ils se tiennent pour ainsi dire, et doivent être exécutés dans l'ordre que je viens d'indiquer. Si le mouvement des jambes, par exemple, précédait, si peu que ce soit celui du filet, l'effet qui en résul-
ARRÊT ET STATIONNEMENT. 107
terait serait le contraire de celui qu'on cherche, c'est- à-dire de porter le cheval en avant.
Ce procédé pour arrêter le cheval est le meilleur, le seul qu'on devrait employer. L'arrêt, en effet, se pro- duit sans secousse; il n'est donc pas pénible pour le cavalier et ménage le cheval dans ses reins et dans ses jarrets. Il est moelleux, parce que les jarrets et les paturons pHent. Le cheval pour s'arrêter agissant simultanément avec toutes les parties de son corps ne fait aucun effort partiel et conserve toute l'élasticité de ses reins, qui ploient et deviennent légèrement con- caves. Si on arrêtait le cheval sans le secours des jambes et uniquement par la main, l'avant-main s'arc- bouterait pour résister à l'impulsion acquise et repous- serait l'arrière-main par contre-coup en l'éloignant du centre. Dans ce cas, les reins se raidissent et deviennent convexes. La secousse qui en résulte est pénible pour le cavalier; elle est même souvent dangereuse à cause de sa violence. Enfin elle est très mauvaise pour le cheval qu'elle fait souffrir dans sa bouche, dans ses épaules, dans ses reins et dans ses boulets.
Un arrêt, si subit qu'il soit, doit être moelleux; s'il ne l'est pas, c'est qu'il a été mal exécuté.
L'arrêt doit être effectué par les mêmes procédés à toutes les allures. Il est bien entendu que plus les allures sont vives, plus il est difficile, et plus le cava- lier doit porter le haut du corps en arrière.
Le cheval doit non seulement s'arrêter aussi subi- tement qu'on le désire, mais encore rester immobile et
Io8 DEUXIEME PARTIE.
Stationner aussi longtemps qu'on le veut, quel que soit le lieu. Ce stationnement est assez difficile à obtenir du cheval impatient, nerveux, impressionnable. Il faut le calmer, le rassurer pour l'accoutumer peu à peu à n'être pas influencé par ce qui se passe autour de lui.
D'abord on commence dans le manège, quand on est seul; on le caresse, on lui parle. Chaque fois qu'il veut avancer ou se jeter de travers, on le remet en place sans lui permettre jamais un seul pas, un seul mouvement dans n'importe quel sens. Si on lui permettait de se porter d'un côté ou d'un autre, si peu que ce soit, il n'y aurait pas de raison pour que ce premier mouvement ne fût suivi d'un second, et ainsi de suite. Je le repète, c'est en le caressant de la main et en le calmant de la voix qu'on le rassure et qu'on l'accoutume à rester en place.
Tant qu'il est seul, dans un endroit clos, le cheval s'y prête assez volontiers. Pour l'habituer à conserver cette même immobilité dans la rue, on fait entrer et cir- culer d'autres chevaux dans le manège. Lorsqu'on est arrivé à le faire stationner dans ces dernières condi- tions, on renouvelle l'exercice au dehors, en choisis- sant d'abord un endroit isolé, puis en se rapprochant peu à peu des endroits plus fréquentés. Nous avons déjà dit que pour le cheval tout est habitude; il ne s'agit donc que de lui donner l'habitude de sta- tionner au milieu du bruit et du mouvement de la rue, et de lui faire comprendre que cette immobilité lui vaut des caresses.
CHANGEMENTS DE DIRECTION. 109
En résume, c'est par une grande douceur, par la patience et un acheminement gradué qu'on amène finalement le cheval à stationner aussi longtemps qu'on le désire et quel que soit le lieu.
Changements de direction.
Au début, tout changement de direction doit être enseigné au pas.
Pour tourner à droite, il faut écarter la main droite, en tirant légèrement la rêne du filet à droite et non vers soi, car on arrêterait le cheval.
On remarquera qu'il se produit un ralentissement lorsqu'on tourne. C'est qu'en tournant, on restreint la liberté de celle des deux épaules qui entame le mou- vement, en sorte que la Jambe droite du cheval, si on tourne à droite, ne parcourt que la moitié environ de la longueur d'un pas ordinaire.
C'est ce temps d'arrêt qui force la croupe à dévier, puisque, malgré l'impulsion acquise, elle ne peut avancer. Mais si, au moment ou l'animal cède de la tête et de l'encolure sous l'action de la rêne droite, vous rendez la main en soutenant les jambes, vous forcez la jambe droite à s'allonger comme pour un pas ordinaire, et vous évitez par conséquent le temps
iio DEUXIEME PARTIE.
d'arrêt, en obligeant la croupe à suivre les épaules.
Ainsi, le cavalier redressera la croupe lorsqu'elle déviera pendant les mouvements tournants, et cela lui est facile, puisqu'il sent de quel côté les hanches dévient, et sait, par suite, avec quelle jambe il faut agir de préférence. Mais dire d'avance, et alors qu'on ignore de quel côté se produira la déviation de la croupe, de quelle jambe il faut user, c'est courir grand risque de se tromper.
On a beaucoup et longuement discuté la question de savoir si, en tournant, on doit de préférence aug- menter l'action de la jambe du dedans ou de celle du dehors. L'ancienne école recommande l'action de la jambe du dedans, prétendant aider ainsi le mouvement tournant. Baucher soutient, au contraire, qu'il faut agir de la jambe du dehors pour empêcher les han- ches de se jeter en dehors.
C'est la pratique de Baucher qui a prévalu. En effet, le raisonnement des anciens était faux. On disait : pour tourner à droite, portez les épaules du cheval à droite en faisant rêne droite, et poussez les hanches à gauche avec la jambe droite. C'était l'équitation latérale dans toute sa beauté. Mais on n'avait pas réfléchi que ce n'est pas des épaules seulement qu'il s'agit de changer la direction, mais de tout le cheval, qui doit demeurer droit.
Si le problème est ainsi posé, la solution en est simple : il faut exercer une égale pression des deux jambes; puis, si le cheval jette les hanches de côté, le
><
CD
a
Q j
en
'^
'^ "^ .
v-C'
1:^
>
CHANGEMENTS DE DIRECTION. m
soutenir du côté où la croupe dévie pour le forcer à rester droit. L'arrière-main doit suivre le tracé formé par l'avant-main et n'en pas dévier. Le cheval doit toujours garder les hanches dans l'axe des épaules. C'est au cavalier qu'il appartient de se rendre compte s'il convient d'exercer une pression plus ou- moins vigoureuse de l'une ou l'autre jambe, selon que le cheval se jette d'un côté ou de l'autre.
Règle générale, lorsqu'on tourne à droite, l'ar- rière-main est plutôt disposé à dévier à gauche, de même qu'il se jette généralement à droite quand on tourne à gauche. On doit donc, sauf exception, soute- nir un peu plus la jambe qui est du côté opposé à celui vers lequel on tourne.
Toutefois, dans les mouvements tournants, Taction de la jambe qui a pour but d'empêcher la déviation de la croupe ne doit jamais précéder celle de la main, mais au contraire la suivre immédiatement.
Autrement on ferait d'abord dévier la croupe en dedans, ce qui mettrait obstacle au mouvement de la tête d'abord, de l'encolure et des épaules ensuite. En outre, l'arc-boutant formé par la croupe et les épaules déciderait le cheval à résister à l'action de la rêne.
Enfin, il n'est pas rare de rencontrer des chevaux qui, soit naturellement, soit par habitude, marchent de travers. Dans ce cas, ils jettent les hanches tou- jours du même côté. Si, par exemple, ils les jettent à droite, c'est-à-dire en dedans, quand vous tournez à droite, vous êtes forcé d'agir plus vigoureusement
lia DEUXIEME PARTIE.
de la jambe droite, c'est-à-dire de la jambe du dedans. Mais si le même cheval, en tournant à gauche, con- tinue de jeter ses hanches à droite, c'est encore la jambe droite qui agit, c'est-à-dire la jambe du de- hors. On voit donc qu'avec le même cheval, on peut être obligé d'employer tantôt la jambe du dedans, tantôt celle du dehors.
Pour amener le cheval à faire facilement les chan- gements de direction et pour lui donner la mobilité désirable, on lui fait exécuter dans le manège différents exercices, tels que doublers, voltes, demi-voltes et changements de main.
Le doubler est une ligne droite que l'on parcourt, soit dans la largeur, soit dans la longueur, du manège, en partant d'un point quelconque du mur. Arrivé au mur opposé, on tourne et on continue à marcher tou- jours sur la même main (pi. XII, fig. i).
La polte est un cercle que l'on décrit sur un point quelconque. Mais, pour débuter, il vaut mieux la prendre en partant du commencement de l'un des grands côtés du manège. Le cheval, ayant toujours tendance à agrandir le cercle, se trouve plus vite en- cadré par l'angle des deux murs qui lui font face
(pi. XII, fig. 2).
La demi-polte s'exécute au milieu de l'un des petits côtés. Comme elle se termine sur deux pistes, il ne faut la demander au cheval qu'après lui avoir enseigné le travail des deux pistes que nous expliquons plus loin (pi. XIII, fig. i).
X
CD
eu
r-:
en.
6 i;
en;
^ f
^ ! o •:
p: i
|
> |
|
|
'•K |
|
|
«^ |
|
|
ni |
|
|
e |
|
|
0) |
|
|
-^3 C |
! |
|
OJ |
1 |
|
Ë |
^ |
|
bn |
1 |
|
c: |
( |
/
yf
\ i
1
r
L
:^p7///////.'/////„^ I
CHANGEMENTS DE DIRECTION. iij
Quelle que soit l'allure de la demi-volte, les épaules doivent partir les premières et arriver les premières au mur, c'est-à-dire que le cheval doit toujours rester dans la ligne oblique. La demi-volte est le plus sou- vent exécutée d'une manière très incorrecte. Rien n'est plus rare qu'une demi-volte bien faite.
Il y a trois changements de main. Le plus simple, ou changement de main en diagonale, consiste à par- courir la grande diagonale du manège en commen- çant par l'un des grands côtés (pi. XII, fig. 3).
Pour exécuter le second, ou changement de main renversé, on part, comme dans le précédent mouvement, de. l'un des angles du manège, toujours en commen- çant par l'un des grands côtés; mais, arrivé au centre, on retourne par un demi-cercle au mur du grand côté qu'on avait quitté, et qu'on prend, bien entendu, à main gauche si on l'avait à main droite, et vice versa (pi. XIII, fig. 2).
Le contre-changement de main est le plus compli- qué. On part en entrant dans la grande ligne sur deux pistes, et, arrivé au centre du manège, on revient toujours sur deux pistes à l'autre extrémité du grand côté d'où on est parti. Au galop, ce mouvement nécessite deux changements de pied : le premier au milieu du manège, le second au mur. Si le cavaher est à main droite, comme dans la figure 3 de la planche XIII, il commence par le galop à droite. Arrivé au centre du manège, il change de pied et galope à gauche jusqu'au mur, où il se remet sur le pied droit. On
8
,1^ DEUXIEME PARTIE.
remarquera que, dans le contre-changement ào. main, il n'y a pas de changement de main.
On décrit également des cercles et des huit au mi- lieu du manège. C'est le meilleur travail pour assou- plir toutes les parties du cheval, et c'est aussi le moyen le plus sûr d'obliger récu3^er à se servir de ses deux jambes à propos.
On n'apprend pas à tenir son cheval toujours droit en longeant continuellement les murs, puisque la croupe ne peut dévier que d'un côté. Aussi je tra- vaille souvent mes chevaux en les tenant à un mètre, et, dans un grand manège, à deux mètres du mur.
Observons en outre que, tout le temps du dressage, le cheval cherche à rester le moins droit possible. Il sent très bien que, s'il peut porter ses hanches de travers, il échappera au rassembler, qui consiste au contraire à pousser l'arrière-main sous le centre dans l'axe du cheval.
XI Flexions latérales.
Je n'ai exécuté jusqu'ici les changements de direc- tion que d'une manière rudimentaire. De même que ma première leçon est de pousser mon cheval en avant, de même pour les changements de direction je ne lui
J
il
M
I
raies.
FLEXIONS LATERALES. 115
demande d'abord rien que de tourner et de suivre la ligne où je le mets. En toutes choses je procède du simple au composé. Quand le cheval obéit sans résis- tance et dès la première indication à tous les change- ments de direction que je sollicite, un nouveau problème se pose. Il s'agit de déplacer le cheval d'ensemble en le maintenant toujours dans l'équilibre et dans la légèreté. La flexion latérale est la préparation au mou- vement ainsi exécuté.
Pour faire la flexion latérale à droite % par exemple, on se place à l'épaule gauche du cheval et on prend les rênes du filet dans la main gauche et les rênes du mors dans la main droite, absolument de la même manière que pour la flexion directe. On place la tête et l'encolure dans la même position que dans la flexion directe. On fait la flexion directe. Lorsque la mâchoire €st décontractée et la flexion complète, on pousse légèrement la tête du cheval à droite par de petites pesées de la main gauche sur le filet tenu hautettendu d'arrière en avant pour empêcher à la fois l'affaisse- ment et i'acculement*.
En même temps la main droite tire légèrement les rênes du mors en arrière en se portant à droite de
I. On remarquera qu'ici je reprends le travail à pied. Je pratique toujours dans la même leçon le travail à pied et le travail monté.
2. Voir planche XIV, position des mains. Fig. i, prépara- tion à la flexion latérale, mâchoire contractée; fig. 2, flexion latérale, mâchoire décontractée, mors libre.
li(î DEUXIEME PARTIE.
manière étendre principalement la rêne droite* jus- qu'à ce que la flexion latérale de l'encolure à la nuque étant complète, les deux rênes du mors agissent égale- ment pour donner et maintenir le jeu de la mâchoire^ qui doit être le même que dans la flexion directe.
Au début, il faut se contenter d'un semblant d'obéissance. Pourvu que le cheval tourne très peu la tête à droite en ouvrant la mâchoire, c'est tout ce que l'on peut exiger. Il faut recommencer très souvent ce travail et tâcher de progresser en insistant chaque fois un peu plus sur ces exercices d'assouplissement. On finira sûrement par obtenir la flexion complète en n'employant jamais la force et en se contentant d'un tout petit progrès à chaque leçon.
En équitation, c'est en demandant peu à chaque fois qu'on finit par obtenir beaucoup. De la patience, donc, et pas de brusquerie. Autrement, au lieu d'arri- ver plus vite, on obtiendrait un résultat diamétrale- ment opposé.
Quand la flexion latérale est complètement obte-
1. La rêne gauche du mors demeure cependant légèrement tendue. Si la rêne droite agissait seule, elle entraînerait le nez, et la tête ne serait plus dans la verticale.
On remarquera que je donne ici la première leçon d'obéis- sance à deux impulsions simultanées dans les changements de direction. Jusqu'ici, j'avais fait simplement rêne droite pour tourner à droite. Je commence maintenant à apprendre au cheval à obéir à deux impulsions simultanées agissant dans le même sens, la rêne gauche du filet qui pousse et la rêne droite du mors qui tire, toutes deux de gauche à droite.
2. Voir planche XIV, fig. i et 2.
FLEXIONS LATERALES. 117
nue, la position est la même que dans la flexion directe, sauf que l'encolure, tout en demeurant fléchie à la nuque, d'avant en arrière, est en outre fléchie de côté, de gauche à droite, par exemple (toujours à la nuque), de manière que le plan de la tête soit per- pendiculaire au plan de la tête dans la flexion directe, et se présente de face du côté où a lieu la flexion. L'en- colure demeure naturellement haute comme dans la flexion directe, le nez arrivant à la hauteur de la par- tie supérieure de l'épaule, et la tête demeurant dans la perpendiculaire, ou plutôt un peu au delà* (pi. XV, fig. 2).
Ainsi que nous l'avons vu par la flexion droite, on fait généralement cette flexion d'une manière tout à fait différente. Il n'y a qu'une manière de se rendre compte de ce que doit être la flexion latérale, c'est de
I. II faut prendre garde, en faisant la flexion latérale, de ne pas changer l'équilibre. Le cheval, en effet, aune tendance natu- relle, pour contre-balancer l'effet de la flexion, à faire une oppo- sition de l'épaule du côté opposé au pli, et à reporter tout le poids de l'avant-main sur la jambe gauche si on le fléchit à droite. Cela est inévitable aussi longtemps que la mâchoire résiste; mais, aussitôt qu'elle cède, sa flexion, entraînant celle de l'encolure, amène l'égale répartition du poids sur les deux jambes. Si on laissait prendre au cheval l'habitude de se bra- quer de l'épaule du côté opposé à la flexion, l'équilibre serait détruit et, avec lui, la légèreté. Dans les changements de direc- tion, comme dans les deux pistes, l'épaule du côté opposé à la flexion serait toujours en retard. Dans ces mouvements, la grande difficulté est précisément de faire marcher cette épaule: voilà pourquoi il faut toujours chercher à la soulager, en ne faisant qu'un très léger pli, tandis que la rêne de filet du côté
1,8 DEUXIEME PARTIE.
rechercher quel résuhat on se propose d'obtenir en la faisant.
La flexion latérale a pour but :
1° De maintemr par la hauteur de V encolure l'équilibre de la flexion directe dans les changements de direction.
2° D'affermir et de lier tout l avant-main dans les changements de direction, en disposant toutes les parties de manière à en faire un ensemble à la fois compact et souple aussi correct dans les mouvements tournants que dans les mouvements directs.
Dans les changements de direction, ce sont naturel- lement les épaules qui entament le terrain, pendant que l'arrière-main donne l'impulsion. Or le cavalier est sans action directe sur les épaules. Il n'agit que sur la bouche, par la bouche sur l'encolure, et par l'enco- lure sur les épaules. La flexion latérale, en affermis- sant, en liant toutes ces parties entre elles, les met dans une dépendance réciproque, qui permet au cava- lier d'agir d^ensemble sur tout l'avant-main. Sans
opposé à la conversion reporte le poids sur l'épaule du dedans qui a moins de chemin à parcourir, en jetant la masse, à chaque foulée, du côté où l'on marche. C'est ce qui permet d'obtenir une très grande impulsion dans le travail des deux pistes. Une flexion trop complète arrêterait cette impulsion en surchar- geant l'épaule du dehors. On s'étonne toujours, au premier abord, d'apprendre que la tlexion à droite surcharge l'épaule gauche. C'est pourtant le résultat naturel de l'effort du cheval pour contre-balancer l'effort qu'on lui demande.
8
w^.
V
'if^':\^
Fig.r. Rexioii vicieuse
Planclie XY
-SSi^
fig. II.
Flexion correcte
FLEXIONS LATERALES. 119
la flexion nous retrouvons, comme j'ai dit plus haut, la canne à pêche tenue par le petit boiit^ c'est-à-dire la tête lourde, — parce qu'elle est loin du centre de gra- vité, — au bout de l'encolure mobile. L'action des rênes, au lieu de diriger la masse, se borne alors à déplacer la tête vers l'avant-main, qui demeure fixé d'autant plus solidement au sol que le cheval est sur les épaules.
3° De maintenir, par la jlexion de la mâchoire^ la légèreté dans les changements de direction.
Dans tous les mouveinents, c'est Vimpulsion qui fait du cheval un seul tout, c'est l' arrière-main qui, eti s' engageant sous le centre, se relie à l'avant-inain^ . Si toute cette impulsion vient aboutir aux barres de la mâchoire fléchie- et mobile, liée à tout l'avant-main de manière que la flexibilité » du bras de levier aille toujours croissant des épaules à la mâchoire, les mains renverront avec une extrême légèreté* aux jambes,
1. Beaucoup d'auteurs parlent de lier l'avant-main à l'ar- rière-main. C'est une absurdité, c'est l'arrière-main qui se jette sur l'avant-main dans l'impulsion. Aux aides de maintenir l'en- semble dans la bonne position, en contenant ou en réglant la force qui vient de la détente des jarrets.
2. Quand la mâchoire ne cède pas, rien ne cède, le cheval se déplace tout d'une pièce dans les changements de direction : il tourne comme un bateau.
3. Dans la flexion latérale, il n'y a vraiment yZexzo?? latérale que par le pli à la nuque. La mâchoire se fléchit exactement comme dans la flexion directe.
4. Dans la flexion latérale, comme dans la flexion directe, il s'agit de disposer les leviers de manière à obtenir par l'effort moindre l'action maximum.
120 DEUXIEME PARTIE.
une partie de l'impulsion qu'elles ont reçue d'elles, et cela aussi bien dans les changements de direction que dans les mouvements directs. Ainsi on fera de toute la masse du cheval un ensemble à la fois énergique et harmonieux, par le bon équilibre des leviers et par l'utilisation bien réglée des forces dans les changements de direction. Ainsi on fera la légèreté, ainsi on conti- nuera d'avoir le cheval dans la main dans tous les chan- gements de direction.
Telle est, pour moi, la flexion latérale et tel est son but. On voit que je suis en mesure, comme pour la flexion directe, de justifier de tous points ma pra- tique.
Malheureusement, la plupart de ceux qui font des flexions les font au hasard et sans chercher à connaître, avec précision, le résultat qu'ils doivent se proposer d'obtenir.
Il faut dire que Baucher ne s'est pas mieux rendu compte du mécanisme de la flexion latérale que de la flexion directe. Ou plutôt il a naturellement commis la même faute dans la flexion latérale que dans la flexion directe, puisque celle-ci est la préparation à celle-là.
Cette flexion vicieuse, adoptée par ceux qui l'ont suivi, se fait au garrot au lieu de se faire à la nuque. Là encore, comme dans la flexion directe, nous trouvons l'écueil de l'affaissement de l'encolure qui transforme un exercice utile en un travail nuisible. L''encolure est basse, le pli de l'encolure est au garrot,
1
i
I
■ry \' '■%' iîr
t
i
k
3
ainsi o
3US les chan-
ceux qui
Planche XVI
Fig. I.
Flexion corre
FLEXIONS LATERALES. 121
au lieu d'être à la nuque, et la tête du cheval se pré- sente de profil, au lieu de se présenter de face.
La comparaison des figures i (flexion vicieuse) et 2 (flexion correcte) de la planche XV permet de saisir du premier coup d'œil les avantages de la flexion laté- rale telle que je l'ai décrite, et les inconvénients de la flexion qui est communément pratiquée.
Je n'ai qu'à renvoyer, pour compléter cette critique, à tout ce que j'ai dit de la mauvaise flexion directe et de tous ses inconvénients.
Comment peut-on s^étonner qu'on ait reproché aux flexions d'amollir l'encolure, c'est-à-dire de la rendre mobile indépendamment du reste du corps ? C'est en effet précisément le résultat de la flexion latérale au garrot, tandis que la flexion latérale à la nuque affer- mit, au contraire, l'encolure et lie tout l'avant-main de manière à le déplacer d'ensemble, résultat indis- pensable, comme je l'ai expliqué, puisque le cavalier n'a pas d'action directe sur les épaules. La tête basse, isolée du corps par une encolure mobile, qui cède seule sans entraîner les épaules, et permet au cheval d'op- poser à tout mouvement de l'encolure un mouvement en sens contraire des épaules, d'où l'impossibilité de diriger l'avant-main : voilà le résultat de la flexion laté- rale au garrot et de l'affaissement de Tencolure qui s'ensuit.
Contrairement à la flexion directe, que je ne pra- tique (à pied ou monté) que dans l'impulsion en avant, la flexion latérale, au début, se fait, à pied, dans
122 DEUXIEME PARTIE.
le Stationnement, en raison de la difficulté de mettre l'arrière-main en mouvement. Dans le travail monté, je ne pratique jamais la flexion latérale que dans l'im- pulsion en avant. J'ai pour principe absolu, une fois monté, de ne jamais rien demander à mes chevaux que dans l'impulsion en avant. C'est par cette raison que j'ai pu toujours éviter d'acculer mes chevaux d'école, ce qui est l'écueil ordinaire du travail dit de haute équitation^
Dans le travail monté, la flexion latérale se fait par le même mécanisme que dans le travail à pied. Pour flé- chir l'encolure à droite, les deux mains font un effet à droite, la rêne gauche du filet tendue et portée à droite maintient la tête haute et, en s'appliquant sur le haut de l'encolure, pousse la tête de gauche adroite, tandis que la rêne droite du mors, légcreinent tendue, décide ce dernier mouvement et décontracte la mâchoire (planche XVI, fig. i).
Comme la première préoccupation du cavalier doit être de tenir le cheval droit, il faut, en même temps qu'on agit des deux jambes pour avoir l'impulsion, soutenir davantage la jambe du côté opposé au pli de l'encolure.
I. J'ai déjà dit que la hauteur de l'encolure ne peut s'obte- nir que par l'impulsion, et que si je place très haut l'encolure de mes chevaux, c'est que, dans tout le travail, je les pousse énergiquement en avant. En effet, plus l'impulsion est grande, plus l'arrière-main s'engage sous le centre, et plus l'avant-main se trouve relevé
î l
i
d'il dit de
ne temp?
t^
CD
o
fi
FLEXIONS LATERALES. i2j
Quand les jambes agissent simultanément, elles sont agents d'impulsion; quand l'une prédomine sur l'autre, elle devient agent de direction. Jamais une jambe ne doit agir isolément : les deux jambes simul- tanées, c'est l'impulsion; la prédominance de l'une d'elles, c'est la direction. Enfin, lamain étant beaucoup plus puissante, pour diriger, que la jambe, il faut que la main soit extrêmement légère.
Dans la flexion latérale, monté, l'erreur fonda- mentale de la flexion de Baucher se retrouve naturel- lement au même degré que dans la flexion à pied. Comparez la figure 2 de la planche XVI que j'em- prunte à Baucher, avec la figure i représentant la flexion correcte.
La planche XVII empruntée, en ce qui concerne la position du cheval, à un ouvrage récent, montre clai- rement que ceux qui prétendent pratiquer aujourd'hui la flexion latérale n'ont la notion ni de son mécanisme ni de son but.
La flexion latérale — à pied ou monté — telle que je l'ai décrite, est un exercice d'assouplissement. Ce tra- vail a une importance capitale. De la mise en main et des flexions dépendent absolument l'équilibre, la légèreté, la mobilité; et tant que je n'y ai pas accou- tumé le cheval, il m'est impossible de pousser plus loin. Il importe donc au plus haut point de faire la flexion latérale complète, pour obtenir l'extrême con- cession du cheval.
Mais, lorsqu'on pratique la flexion latérale dans le
12+ DEUXIÈME PARTIE.
travail ultérieur (changements de direction, deux pistes, etc.), on devra se contenter d'une très légère flexion latérale de l'encolure^ qui, d'ailleurs, doit tou- jours, ainsi que la tête, demeurer bien placée. On comprend en effet qu'une flexion trop accentuée arrê- terait l'impulsion en rejetant tout le poids sur l'épaule du dehors.
L'exercice d'assouplissement, que nous désignons sous le nom de flexion latérale, n'en est pas moins nécessaire, en ce sens qu'il consiste à demander le plus pour avoir le moins. Mais il faut savoir que, dans le travail qui suivra, il suffit d'obtenir un léger pli de l'encolure, à condition que la tête et l'encolure soient toujours bien placées et surtout que la mâchoire soit décontractée.
XII Rotations de la croupe et des épaules.
Lorsque j'ai obtenu successivement : i° que mon cheval cède facilement à la cravache; 2° qu'il exécute avec non moins de facilité les flexions latérales, il s'agit maintenant pour moi de réunir ces deux mouve- ments en un seul.
I. Aussi longtemps que la mâchoire joue, on a la légèreté, et la moindre indication suffit pour les changements de direction.
n
i^'^ f'..
doit tou-
épaules.
>, >_ \_ o ,■■ i V 1_ 1 1 .
- .- la cravache; _ -^-- facilité les flexions la- loi de réunir ces dei
Planche XVlll
Fiq 1 Eifet Latéral
':'^^'^:K\p'
ROTATIONS DE LA CROUPE ET DES EPAULES. 125
Je lui ai appris tout d'abord à céder à la cravache de gauche à droite, en l'aidant avec la rêne gauche du filet qui tire la tête à gauche pour porter la croupe à droite. C'est ce qu'on appelle les effets latéraux (plan- che XVIII, fig. i), parce que les deux effets se pro- duisent du même côté (rêne droite, cravache à droite). Ce premier fait acquis, j'obtiens peu à peu que le che- val cède en lui tenant la tête droite (planche XVIIl, fig. 2). C'est ce qu'on appelle les effets directs. Main- tenant, il faut qu'il cède, en passant par la même pro- gression, aux effets diagonaux, c'est-à-dire cravache à gauche et flexion à droite (planche XIX) ^
Pour cela, sans faire usage du filet, dont je continue de tenir l'extrémité dans la main gauche ^, je saisis de la main gauche la rêne gauche du mors tout près de la bouche, pendant que la main droite à hauteur du poi- trail tient à la fois la cravache et la rêne droite qui fait poulie au garrot (planche XIX). Le cheval fait alors la flexion directe. Je cherche alors le commencement de la flexion latérale droite en relevant la tête par de petits coups de bas en haut sur le mors et en poussant la tête à droite, en même temps que je fais céder la croupe
1. J'ai expliqué plus haut que /'e^zn'^-ïfion latérale n'e'tait que la préparation à Véquitation diagonale qui est la seule ration- nelle et permet seule d'obtenir des effets d'ensemble.
2. Pour permettre de mieux saisir l'action des rênes, j'ai supprimé le filet dans la figure de la planche XIX.
Je rappelle que la manière de tenir l'extrémité du filet, c'est d'avoir la boucle du filet dans le creux de la main. (Voir les deux figures de la planche XVIII.)
,2(î DEUXIEME PARTIE.
à la cravache de gauche à droite. Enfin J'augmente tous ces effets jusqu'à ce que la concession de l'enco- lure et de la mâchoire ainsi que de la croupe soit complète.
Je parviens ainsi à faire pivoter le cheval pendant qu'il exécute la flexion latérale complète.
Je me sers à dessein du mot pivoter qui ne rend qu'incomplètement ma pensée, mais qui définit la façon dont Baucher faisait exécuter la rotation. En effet, selon sa méthode, dans la rotation de croupe, l'avant-main reste immobile et sert de pivot. Je trouve que c'est une faute. Pendant la période du dressage, aucune des parties du cheval ne doit être immobilisée, parce que l'immobilité dégénère souvent en moyen de défense. Ce n'est donc pas un pivotement absolu que je demande; c'est un cercle très restreint décrit par l'avant-main autour du centre, l'arrière-main décri- vant la circonférence.
Il est bien entendu que je ne passe pas brusque- ment des effets latéraux aux effets directs et des effets directs aux effets diagonaux. Je vais au contraire des uns aux autres insensiblement, afin que le cheval sache bien ce que je lui demande, n'éprouve aucune sur- prise et ne fasse pas de confusion. L'emploi des effets latéraux a été un acheminement vers l'exécution du mouvement par des effets directs. De même, les effets directs ne sont qu'un acheminement à l'exé- cution du mouvement par les effets diagonaux.
Ce travail n'aurait pas d'utilité si son seul but était
tat!|l
fe
' 1
r'
i
/
(I
X
<D
Dm
I c"^
ROTATIONS DE LA CROUPE ET DES ÉPAULES. 127
d'obliger le cheval à céder à la cravache. Sa grande importance est de préparer le cheval sans l'effrayer à obéir aux jambes d'abord, ensuite et par degrés aux éperons.
Arrivons maintenant au travail monté, que je vais exécuter en passant de nouveau, comme dans le tra- vail à pied, et par la même progression, des effets latéraux aux effets directs et des effets directs aux effets diagonaux.
Si, étant arrêté au milieu du manège, je veux obtenir la rotation de croupe de gauche à droite, j'ap- proche mon talon gauche. Le cheval neuf ne sait pas ce que je veux lui demander, aussi son premier mouvement est-il de s'appuyer sur ma jambe. C'est à ce moment que je recueille le bénéfice du travail précédent. Avec ma cravache, je touche faiblement à gauche, aussi près que possible de mon talon, et j^'évite surtout de toucher trop en arrière, car cela amènerait presque inévitablement un coup de pied ou une ruade; en même temps je me sers du filet gauche pour jeter la croupe à droite. J'affirme qu'au- cun cheval ne se défend si on procède bien dou- cement.
Selon le degré de la résistance qui est fréquente au début, je me sers plus ou moins de la rêne gauche du filet. Je tire un peu plus la tête à gauche, tout en continuant de toucher avec le talon et la cravache si la résistance est grande. Ces trois forces agissant du même côté, le cheval est forcé de céder.
ia8 DEUXIEME PARTIE.
Au premier pas qu'il fait sur sa droite, je l'arrête et je le caresse, puis je le laisse faire librement un tour de manège pour lui permettre de se rendre compte de ce qu'il vient de faire. Je recommande ce dernier point d'une façon toute particulière. On doit toujours laisser le cheval libre et tranquille après qu'il a obéi. C'est d'abord une récompense, et il ne faut pas craindre de les prodiguer. La cessation du travail et les caresses, voilà la seule manière de lui faire comprendre qu'il a bien fait. On est trop souvent obligé, pendant le dres- sage, d'avoir recours aux corrections, pour ne pas saisir avec empressement l'occasion de caresser que vous offre le moindre signe d'obéissance. Plus on caresse, moins on est forcé de recourir aux corrections ^
Enfin, comme je l'ai dit, en laissant le cheval marcher en liberté pendant quelques instants, vous lui donnez le temps de comprendre le mouvement qu'il vient d'exécuter et les effets qui l'y ont déterminé. En apparence, le cheval ne cède que physiquement; en réalité, c'est à son intelligence, ou pour parler plus exactement à sa mémoire, que nous nous adressons. C'est donc sa mémoire qu'il faut frapper, et c'est pour cela que je lui laisse le temps nécessaire pour que le fait se fixe dans son souvenir.
I. Le grand art est de caresser ou de punir à propos. Pour cela, il faut saisir instantanément le moment de la concession ou de la défense. C'est le cas de rappeler le principe fonda- mental du dressage : La caresse doit suivre la concession d'aussi près que la correction la faute.
ROTATIONS DE LA CROUPE ET DES ÉPAULES. 129
Le cheval ayant fait librement le tour du manège, je recommence vingt ou trente fois le même exercice, sans changer de côté, jusqu'à ce qu'il obéisse dès que j'approche seulement mon talon. Puis je le soumets au même travail avec la jambe droite.
Quand le cheval cède alternativement et indis- tinctement aux deux jambes, je mets des garde-crotte au lieu d'éperons, pour l'habituer à supporter quelque chose de plus sérieux que le talon. Puis, chaque jour, j'augmente l'effet de jambe en diminuant celui de la cravache, que graduellement je finis par supprimer complètement ^
Je ne me suis, d'ailleurs, servi de la cravache que pour aider la mémoire du cheval et l'amener à obéir à l'éperon sans l'effrayer. Car, ne l'oublions pas, l'effet que produit la piqûre de l'éperon, au début, sur un cheval neuf, est exactement celui d'une piqûre de mouche. Or que fait le cheval quand il se sent piqué au flanc par une mouche ? D'abord il cherche à la chasser avec sa queue. S'il n'y parvient pas, il frappe avec la jambe de derrière du côté où. il se sent piqué. Si la mouche ne s'envole pas, il cherche alors un obstacle quelconque, un mur, un arbre sur lequel il s'appuie, se couche pour écraser l'insecte, auteur de sa souf-
I. J'ai dit plus haut que monté j'abandonnais la cravache. Je ne la reprends que pour exiger du cheval l'obéissance à la jambe et pour obtenir la première tension des jambes dans le pas espagnol. Dans ces deux cas, l'usage de la crgvache ne dure pas plus de deux ou trois leçons.
9
i}o DEUXIEME PARTIE.
france. Eh bien, lorsque vous lui donnez le premier coup d'éperon, comment voulez-vous que son pre- mier mouvement ne soit pas de frapper ou de chercher à s'appuyer au mur ?
Vous vo3'^ez donc que c'est une lourde faute de se servir de l'éperon avant d'y avoir accoutumé le cheval, en le faisant passer successivement par l'impression de la cravache, de la jambe, du talon et du garde-crotte.
Si vous attaquez avec l'éperon un cheval qui n'y est ni préparé ni accoutumé, il ne comprend pas, il ne cède pas. "S'ous recommencez, vous insistez ; le cheval, ne sachant pas ce que vous lui demandez, n'a que la perception de la douleur : il cède à son instinct et se défend. Plus l'attaque est vive, plus la résistance d'abord et la défense ensuite sont énergiques. Si le cheval est mou, il vse couche sur la piqûre; s'il est vigoureux, il entre immédiatement dans des défenses violentes. De toutes façons le dressage est manqué. L'un devient rétif, l'autre s'affole à la seule approche de la jambe. Au lieu d'avoir appris quelque chose, vous avez rendu l'éducation impossible.
Dans le dressage, il est ainsi de tout. La grosse difficulté est de faire comprendre au cheval ce que l'on veut qu'il fasse. Comme on s'adresse uniquement à sa mémoires les moyens dont on use avec lui doivent
I. Pour la même raison, j'ai déjà dit qu'il faut bien se garder de demander à un jeune cheval dans la même leçon deux ou plusieurs choses qu'il pourrait confondre. Sa com- préhension est très lente, il faut éviter de l'embrouiller.
ROTATIONS DE LA CROUPE ET DES EPAULES. 131
être simples et rigoureusement toujours les mêmes.
En équitation, l'éperon n'est qu'une aide; le cheval doit arriver à le comprendre. L'éperon ne devient un châtiment que dans les défenses, et de cela encore il faut que le cheval se rende compte ^
Quand le cheval cède facilement aux Jambes, je modifie par degrés mes effets de rênes. Il s'agit tou- jours d'arriver finalement à placer la tête du cheval du côté vers lequel je le dirige. Toutefois, le change- ment doit se faire si insensiblement que l'animal ne s'en aperçoive pas.
D'abord il ne cède à ma jambe que quand je fais agir en même temps la rêne du même côté, — effet latéral. Bientôt je me sers moins de la rêne afin qu'il obéisse à la jambe seule, puis j'emploie les deux rênes du filet pour lui tenir la tête droite, — effet direct. Enfin, peu à peu, j'arrive à me servir de la rêne opposée, — nous voici aux effets diagonaux.
La progression sera celle qu'on a suivie quand on a fait exécuter le même mouvement, dans le travail à pied, avec le seul secours de la cravache, c'est-à-dire que le cheval finira par faire sa rotation de croupe de
I. Il arrive souvent que le cheval se jette sur l'éperon tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Dans ce cas, l'éperon doit corriger efficacement. Pour cela je mets le cheval au milieu du manège, et à grands coups de talon et d'éperon je fais céder instantané- ment la croupe du côté rebelle. Quand le cheval a fait ainsi deux ou trois pirouettes, j'arrête et je reprends le travail où je l'avais laissé; s'il résisté encore, je recommence jusqu'à ce qu'il cède définitivement.
,32 DEUXIEME PARTIE.
gauche à droite, ayant le bout du nez à droite et pice pej'sa. Dans le travail monté, je n'exige pas ici la flexion latérale complète. Un très faible pli du côté vers lequel on marche est suffisante
Ce résultat obtenu, j'apprends au cheval à faire pivoter les épaules autour des hanches ^
Il ne suffit pas, en effet, d'assouplir les hanches, il faut encore donner la plus grande mobilité possible aux épaules. Cette mobilité est une qualité indispen- sable, quel que soit le service que l'on exige du cheval.
Nous n'avons pas sur les épaules une action di- recte comme sur la bouche et les hanches. Pour les mettre en mouvement, l'impulsion leur est donnée par l'arrière-main qui est actionnée par les jambes, et la direction par la bouche qui reçoit l'action des rênes.
Voici comment je procède pour faire la rotation des épaules de gauche à droite.
Étant placé au milieu du manège et arrêté, je porte mes deux mains à droite et je ferme les jambes, pour empêcher un mouvement rétrograde, la jambe
1. Quand le cheval cède aise'ment aux effets de jambe, il est bon de les employer alternativeme_^t, mais seulement à titre d'indications et pour faire céder légèrement la croupe. Il suffit que le cheval fasse Un ou deux pas. Le Cavalier arrive ainsi à se renvoyer l'arrière-main d'une jambe à l'autre et à mesurer cette action. C'est le commencertient du tact équestre..
2. Ce travail ne peut bien se faire que rîionté, à cause de la nécessité de maintenir les hanches et de pousset- le cheval en avant.
PAS D'ECOLE. ijj
gauche prenant le flanc plus fortement, de manière que le cheval ne puisse jeter ses hanches à gauche. Mes rênes du filet agissent simultanément avec mes jambes ; la rêne droite tirant légèrement à droite, mais non en arrière, et la rêne gauche poussant les épaules à droite. L'emploi de la rêne gauche a un autre but : si le cheval, ayant porté ses épaules à droite, veut jeter ses hanches à gauche, une faible tension de cette rêne aide immédiatement la jambe gauche à maintenir la croupe en place, en reportant plus ou moins la tête à gauche suivant le degré de déviation des hanches à gauche.
Dans les commencements, il faut former un grand cercle plutôt qu'un petit, qui serait alors une véritable pirouette. De cette façon, on ne cesse pas d'avoir le cheval dans la main, et il est plus facile d'empêcher racciilement qu'il faut, je ne saurais trop le dire, éviter toujours et à tout prix.
XIII Pas d'école.
Lorsque le cheval est bien dans la main, au pas, on peut lui faire prendre ce que l'on appelle le pas d'école, allure plus courte, plus élevée et plus cadencée que le pas ordinaire. Ce n'est pas encore le trot.
^^^ DEUXIEME PARTIE.
•quoique les pieds se posent à terre de la même ma- nière que dans le trot. Les battues du trot, en gagnant peu de terrain, voilà le pas d'école.
Il faut, pour obtenir le pas d'école, se servir beau- coup des jambes et modérément des mains; faire de nombreux mouvements d'ensemble avec ces deux aides ^ et parcourir le moins de terrain possible en raccour- cissant le pas. De trop grands pas indiquent que le cheval ne commence pas encore à J"^ rassembler, et sans commencement de rassembler ri 'n'y a pas de -cadence.
Le pas d'école est une excellente gymnastique. Dans cet exercice, la combinaison des aides du cava- lier détermine chez le cheval la mise en action de tous ses moyens. Il le rend souple, gracieux, léger et le place, en un mot, dans un équilibre parfait. Il pré- pare enfin à toutes les allures artificielles et notam- ment au rassembler qui conduit lui-même 3.\jl passage •et Q.\i piaffer.
J'apprends au cheval à faire tous les changements •de direction à ce pas d'école; mais seulement quand il les exécute avec facilité au pas ordinaire.
^. <
"^ I. "J'entends par là les mouvements d'ensemble qui amènent
la mise en main : envoyer le cheval des jambes sur la main et
le renvoyer, pour partie, de la main aux jambes.
RECULER. iJS
XIV Reculer.
Généralement, pour faire reculer un cheval, dans le travail à pied, on lui porte la tête aussi haut que pos- sible, en poussant en arrière. C'est une grande faute.
Il faut faire tout le contraire, car, en élevant la tête en même temps que vous poussez en arrière, vous surchargez l'arrière-main, qui a besoin d'être allégé pour accomplir ce mouvement.
C'est, en effet, l'arrière-main qui se met en mou- vement le premier. Si vous le surchargez, les jambes ne peuvent plus se dégager librement, et pour peu que vous persistiez à pousser en arrière, vous acculez le cheval et l'obligez fatalement à se cabrer.
Il faut, au contraire, pour faire reculer, porter plus de poids sur les épaules.
Pour y arriver, je baisse la tête du cheval légère- ment% par de petites pesées de haut en bas sur le filet.
Je me place alors bien en face de l'animal, puis je saisis dans chaque main une rêne du filet près de la bouche, et je le pousse en arrière.
I. C'est le seul travail où je charge un peu les épaules, et on remarquera que c'est pour reculer.
13(5 DEUXIÈME PARTIE.
Il est à peine besoin de faire remarquer que, dans cette position, le reculer sera très facile, le cheval étant sur l'avant-main, les reins et les jarrets sont allégés, les pieds de derrière se lèvent avec facilité, comme ceux de devant, au lieu de tj^ainer, et, lorsque vous poussez en arrière sur le filet, le cheval ne peut s'arc-bouter.
On doit se contenter des deux premiers pas en arrière, caresser et porter en avant ; puis recommen- cer souvent. Cela vaut mieux que de prolonger le reculer. D'abord, en le prolongeant, vous fatiguez le cheval, qui, n'ayant pas encore les reins et les jarrets assouplis, met de la raideur dans ce travail nouveau pour lui. Ensuite, plus vous prolongez le travail, moins vous frappez la mémoire du cheval, puisque vous ne l'arrêtez pas pour le caresser et lui faire ainsi comprendre qu'il a bien fait. Enfin, il faut se convaincre que tout travail qui fatigue l'animal le rebute s'il n'y a été amené par degrés et préparé par des exercices successifs d'assouplissement.
Jamais je ne demande plus de dix ou douze pas en reculant; puis, je porte le cheval d'autant en avant, en le tenant continuellement dans la main. Jamais non plus Je ne fais exécuter ce mouvement plus de trois ou quatre fois de suite.
Il est rare qu'on n'obtienne pas le reculer par ce moyen, employé avec la douceur que je ne cesse de recommander dans tous les cas.
Cependant, il arrive parfois que le cheval, soit qu'il
RECULER. 137
s'entête, soit par souffrance, refuse le mouvement en arrière. J'ai vu des chevaux qui résistaient à tous les moj^ens connus, sans excepter les mo3^ens violents, auxquels on finit malheureusement toujours par arri- ver en pareil cas.
Dans ce cas, je me place bien en face du cheval, tenant dans chaque main une rêne du filet près de la bouche, et je lui marche simplement sur les pieds en poussant en arrière. Je n'ai pas rencontré un cheval qui ne cédât.
Quand le cheval recule sans raideur, la tête bais- sée, je m'applique à lui faire exécuter le même mou- vement la tête étant de plus en plus relevée. Pour cela, je me place à l'épaule et je fais la flexion directe en reculant. Je m'applique donc à obtenir un reculer très franc, avec mise en main.
Si le cheval recule trop vite pour échapper à la mise en main, je tire en avant sur le filet, afin de ralentir sa marche rétrograde. C'est là le reculer nor- mal, dont le travail précédent n'est que la préparation. Il va sans dire que, si je trouve le cheval prêt à recu- ler d'emblée en flexion directe, je n'ai pas besoin d'abaisser la tête, pas plus que de lui marcher sur les pieds. L'abaissement de la tête n'est utile que pour éviter l'acculement. Il faut donc qu'il y ait menace d'acculement pour que j'y recoure.
Quand le cheval recule à la main avec aisance, en flexion directe, je commence alors à lui demander le même travail étant monté.
138 DEUXIEME PARTIE.
Dans le travail monté, je ne fais pas de force sur l'avant-main. Il est en effet dangereux de tirer sur la bouche, car alors on rejette trop de poids sur l'arrière- main, ce qui amène presque forcément l'acculement et la cabrade. Aussi je ne commence jamais le reculer monté avant d'être certain que mon cheval se porte franchement en avant à l'approche des jambes, car c'est alors seulement que je puis mobiliser l'arrière- main à mon gré, et c'est par l'arrière-main qu'il faut que j'entame le reculer. Je ne me sers que légèrement des rênes du mors pour tâcher d'amener le cheval à baisser la tête, après que je l'ai arrêté. Puis j'approche mon talon gauche. Le cheval, étant déjà obéissant aux jambes, lève la jambe gauche de derrière, comme s'il allait faire un pas de côté, car il est dressé à fuir l'éperon. A cet instant, je tire doucement sur la rêne droite du filet, non de côté, ce qui ferait dévier la tête du cheval, mais d'avant en arrière. Le pied gauche de derrière qui est en l'air se pose forcément der- rière le pied droit, au moment où la rêne droite du filet fait reculer l'épaule droite. Alors, j'approche mon talon droit. Au moment où le cheval cède à ma de- mande, c'est-à-dire quand il lève la jambe droite de derrière, comme pour faire un pas de côté, je profite de cet instant pour tirer d'avant en arrière sur la rêne gauche du filet : la jambe droite de derrière vient nécessairement se poser derrière la jambe gauche, au moment où la rêne gauche du filet fait reculer l'épaule gauche.
RECULER. IJ9
J'ai ainsi obtenu deux pas de reculer. Je m'en con- tente et Je m'empresse de caresser mon cheval pour lui montrer qu'il a bien fait.
Quand on a obtenu deux pas, le reste n'est plus rien. En lui demandant souvent deux, puis quatre pas en arrière, le cheval arrive à reculer facilement.
Je ne me sers pas de l'éperon au commencement des exercices de reculer, pour éviter d'exciter le cheval, à moins pourtant qu'il ne soit très froid et peu sensible aux jambes.
Je viens d'indiquer la manière de procéder au dé- but pour obtenir le reculer. Mais il ne faudrait pas en conclure qu'on doit toujours continuer ces mêmes effets des jambes séparément. Cela amènerait, en effet, un balancement du cheval de droite à gauche, et ce serait une faute, car, alors qu'il recule, le cheval doit tou- jours rester aussi droit que pendant la marche en avant. Quand le cheval a compris et qu'il fait aisément ses premiers pas en arrière, il faut se servir des deux rênes et des deux jambes. Le reculer devient alors correct, et si les hanches ont une tendance à dévier de la ligne droite, on les redresse facilement en appuyant un peu plus la jambe du côté où la croupe dévie.
Quand je dis que je me sers de telle rêne ou de telle jambe, il est bien entendu que j'entends parler de la rêne ou de la jambe dont l'action doit dominer. Pendant tout travail, les deux rênes doivent toujours être légèrement tendues, de même que les deux jambes
140 DEUXIÈME PARTIE.
doivent toujours être près des flancs. Les mains et les jambes doivent continuellement se prêter un mutuel concours.
Il est certain qu'un cheval peut reculer sans le se- cours des aides diagonales, et qu'un cavalier n'ayant aucun des principes que je viens de développer pourra l'y contraindre. Mais jamais il n'arrivera à avoir son cheval dans la main, la tête haute comme s'il marchait en avant, les jambes de derrière se levant aussi haut que celles de devant et surtout la pointe des fesses ne dépassant pas en arrière la ligne des jarrets^. Or il faut bien se persuader que dans les mouvements rétro- grades toutes ces conditions sont essentielles.
XV
Le ramener, la mise en main et le rassembler. Le tact équestre.
Avant d'aller plus loin, récapitulons les résultats obtenus : le cheval se porte très franchement en avant à l'approche des jambes; il exécute correctement les flexions de la mâchoire, directes et latérales; il reste bien dans la main; cède immédiatement à l'action de
I. Si cette condition n'est pas remplie, il y a acculement.
LE TACT ÉQUESTRE. i^r
chaque jambe; exécute facilement les rotations des hanches et des épaules, et enfin fait avec aisance tous les changements de direction.
Il est bien entendu que, pendant tout le temps que mon cheval a été soumis à ces différents exercices d'as- souplissement dans le travail à pied, j'ai fait marcher de pair le même travail, étant monté, mais en ne cher- chant, par des effets d'ensemble, qu'à confirmer et à améliorer les résultats obtenus à pied.
J'arrive maintenant au ramener, à la mise en main, au rassembler.
A vrai dire, si le ramener et la mise en main sont de l'équitation courante, le rassembler appartient exclusivement à l'équitation savante. Mais on m'excu- sera de traiter dès à présent du rassembler, qui est le dernier terme des effets d'ensemble dont le i^amener d'abord et la mise en main ensuite ne sont que le com- mencement.
Le mot ramener, qui est emprunté à Baiicher, ne désigne en réalité rien autre chose que la flexion directe.
Le ramener n'est qu'un commencement de mise en main. Le cheval qui a l'encolure haute, la tête perpen- diculaire, qui mâche et lâche son mors sous le doigté du cavalier, est ramené. Mais^ il n'est pas léger faute d'impulsion. L^effet obtenu est localisé dans la mâ- choire et dans la partie supérieure de l'encolure. Il n'est donc que partiel et l'équilibre général est encore incomplet. C'est un acheminement vers l'équilibre
,^2 DEUXIEME PARTIE.
parfait, c'est un premier degré, la mise en main étant